Fêtes & Célébrations

11 traditions culturelles haïtiennes que vous ne connaissiez pas

Groupe Lansèt Kod à Jacmel
Photo: Jean Oscar Augustin

11 traditions culturelles haïtiennes que vous ne connaissiez pas

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Si vous savez déjà un peu sur Haïti, vous avez probablement une idée de notre magnifique pays, situé sur l’île enchanteresse d’Hispaniola que nous partageons avec la République Dominicaine. Il est possible, cependant, que vous n’ayez pas encore entendu parler de certaines des traditions culturelles haïtiennes les plus uniques, connues uniquement des locaux.

Pour satisfaire votre curiosité, nous avons rassemblé une sélection de nos traditions les plus anciennes, allant de la vie quotidienne dans nos communautés rurales à l’effervescence de nos villes et à notre riche culture culinaire.

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Récit Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

1. « Krik-Krak »

Tout vrai Haïtien sait que l’exclamation « krik ? » est toujours suivie d’un excellent « krak », ou histoire, car raconter des contes fait partie intégrante des traditions culturelles d’Haïti. Que ce soit sous une tonnelle en buvant du thé au citronnelle avec de la cannelle ou dans le confort d’une pièce chaude, les plus jeunes se rassemblent autour des plus âgés pour écouter leurs récits d’antan.

Si vous voulez attirer l’attention d’un ami haïtien, profitez de chaque occasion pour lancer un « krik ? » et il répondra inévitablement par un « krak ». Mais attention, votre histoire doit être à la hauteur!

Ça a l’air intéressant, n’est-ce pas ? Découvrez l’histoire de cette tradition unique et l’impact du krik-krak dans la culture haïtienne. De plus, pour une excellente lecture, le livre Krik? Krak! est une compilation de fascinants contes haïtiens d’Edwidge Danticat, l’une des auteures haïtiennes les plus célèbres à ce jour.

Travailleurs dans un konbit aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

2. Konbit

Si vous traversez certaines régions rurales d’Haïti pendant la saison de labour, ne soyez pas surpris de voir tous les villageois travailler ensemble ou sur les terres des uns et des autres. Cette forme d’organisation sociale dans nos sociétés rurales est une part essentielle de notre culture et l’une des plus anciennes traditions haïtiennes qui perdurent jusqu’à ce jour.

Tandis que les hommes manient joyeusement leurs kouto digo (hachettes) et machettes pour déterrer et travailler la terre avant le prochain semis, les femmes préparent les repas. De plus, le mot « konbit » en créole haïtien est devenu un terme utilisé pour désigner la vie en harmonie et les pratiques de voisinage uniques à la communauté haïtienne.

bâtiment peint de couleurs vives dans une communauté vaudou
Lakou Soukri aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

3. Lakou

Imaginez vivre dans une patrie au sein d’une autre, où chaque individu fait partie intégrante d’une société plus large dédiée à un bien commun. En Haïti, un tel lieu est connu sous le nom de lakou. Il est courant de voir des familles haïtiennes partager des espaces communs autour de leurs unités familiales centrales.

Le lakou sert de cocon éducatif dans lequel les plus jeunes membres peuvent apprendre à partager et à vivre en harmonie avec leurs voisins grâce à leurs aînés. Ceux qui grandissent dans la commune ont la responsabilité, un jour, de revenir honorer leur famille, chercher des conseils avisés et s’excuser publiquement auprès des esprits vaudou ou des loas qui pourraient avoir été offensés.

De nombreuses communautés rurales haïtiennes dépendent de l’organisation sociale que les lakou offrent pour avancer dans la vie quotidienne. Elles ne se contentent pas de labourer la terre ensemble, mais partagent aussi et pratiquent leur croyance en le vaudou haïtien. Le culte des esprits est profondément ancré dans le lakou, et des lakou bien connus comme Souvans, Soukri et Badio perpétuent cette tradition culturelle unique à Haïti.

Préparations de Beny Chans à Kabik
Photo: Anton Lau

4. Beny chans

Cela pourrait sembler étrange au premier abord, mais si vous tombez sur un grand bol d’eau rempli d’herbes et de feuilles en voyageant à travers Haïti, alors vous avez rencontré un « beny chans« . Traditionnellement utilisé comme douche d’herbes pour les femmes après l’accouchement, il est également considéré comme une potion pour la chance, pour trouver une âme sœur, voire pour la protection lors d’un voyage qui changera la vie.

Si vous n’avez pas grandi en Haïti, vous pourriez être réticent à plonger vos mains dans ce mélange inhabituel. Pourtant, pour les locaux, cela fait partie intégrante de la culture haïtienne unique – à tel point qu’il ne serait pas surprenant qu’un Haïtien vivant à l’étranger revienne en Haïti pour recevoir cette onction sacrée la veille du Nouvel An.

Vous vous sentez aventureux ? Allez-y, essayez-le. Mais n’oubliez pas de puiser dans vos racines afro-caribéennes avec notre guide pour un retour aux sources.

un prêtre vaudou et un praticien effectuant une danse
Rituel lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

5. Cérémonie vaudou et danse

Voici l’une des traditions culturelles haïtiennes qui éveillera sans doute votre curiosité. Oubliez le concept mainstream d’un groupe de satanistes assoiffés de sang se rassemblant dans une église gothique délabrée – il s’agit là du stéréotype hollywoodien par excellence. Pensez plutôt à une véritable expérience spirituelle où les participants entrent dans un état de transe, en harmonie avec des entités spirituelles puissantes.

La culture haïtienne n’est pas la seule à avoir le vaudou comme pratique religieuse, des rituels similaires sont activement pratiqués dans des endroits comme le « Deep South » en Louisiane ou le pays insulaire africain du Bénin. Dans des pays comme le Brésil et Cuba, la pratique de la santería est encore courante dans de nombreuses communautés. La tradition vaudou haïtienne, cependant, comporte des éléments issus de siècles de syncrétisme, résultant en un mélange des traditions spirituelles africaines, chrétiennes et taïnos.

Le vaudou est une forte tradition culturelle dans l’imaginaire collectif haïtien—et il est présent dans les peintures, la musique, les danses et la littérature haïtiennes. Plus qu’une simple religion ou spiritualité, le vaudou est un patrimoine immatériel que tous les Haïtiens partagent, qu’ils se considèrent comme de véritables pratiquants ou non.

Prêt pour une expérience unique ? Découvrez comment assister à une cérémonie vaudou en Haïti.

homme haïtien vêtu d'une chemise violette avec des os humains célébrant le Fèt Gede
Fèt Gede à Port-au-Prince
Photo: Franck Fontain

6. Fèt Gede

Les morts occupent une place de grande importance dans la vie quotidienne haïtienne, et les honorer constitue l’une des traditions culturelles les plus sacrées. Pour ce faire, tout le mois de novembre est consacré chaque année à des cérémonies visant à apaiser les morts et à communiquer avec eux. Les esprits qui règnent sur le monde des morts dans le panthéon vaudou haïtien sont Bawon Samdi et Grann Brigitte.

Les Gédé symbolisent les esprits de ceux qui sont passés dans l’autre monde. Lors des cérémonies organisées en leur honneur, ils reviennent pour apporter de la joie au peuple avec leurs danses frénétiques et leurs paroles osées.

Chaque célébration haïtienne du jour des morts est remplie d’une aura d’excitation et de mysticisme, que vous pouvez découvrir par vous-même dans ce journal photo d’une célébration de la Fèt Gede aux Gonaïves.

groupe d'Haïtiens marchant en jouant des trompettes lors des festivités de rara
Orchestre rara défilant à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

7. Rara

Toutes les traditions culturelles haïtiennes n’ont pas des origines aussi sombres que celles liées à la mort. En fait, certaines d’entre elles sont plutôt joyeuses, et le Rara en est un parfait exemple. Ces groupes qui défilent à pied dans les rues pendant les week-ends précédant le Carnaval et la période de Pâques constituent l’une des pratiques culturelles les plus connues d’Haïti.

Ces groupes animés de bons vivants jouent divers instruments, tels que le bambou, le vaccin, les cymbales, et parfois même des trompettes et d’autres instruments à vent. Leur répertoire va des parodies de chansons populaires aux chansons originales et celles écrites pour des occasions spéciales.

Chaque groupe est précédé par un homme portant un drapeau, une femme vêtue des couleurs du groupe, et de jeunes filles qui lancent la procession. Suivent les musiciens et le reste du groupe joyeux qui danse au rythme de la musique.

Aujourd’hui, la pratique du Rara n’est pas uniquement propre à Haïti ; d’autres pays des Caraïbes comme Cuba et la République Dominicaine, où elle est connue sous le nom de Gaga, ont adopté cette tradition culturelle en provenance d’Haïti.

Découvrez les véritables origines de la tradition Rara d’Haïti et rejoignez la célébration!

Un groupe de Lansèt Kod à Jacmel
Photo: Jean Oscar Augus

8. Lansèt kòd

Si vous visitez Haïti pendant la période du Carnaval, vous aurez sans aucun doute l’occasion d’être témoin de l’une des traditions culturelles les plus inoubliables : la célèbre procession des Lansèt Kòd. Certains Haïtiens vous diront qu’ils en ont été traumatisés lorsqu’ils étaient enfants. Ces groupes qui envahissent les rues de villes comme Jacmel, Jérémie ou Cap-Haïtien lors des dimanches précédant le Carnaval ont plus que ce qu’il faut pour impressionner.

Vêtus de cornes de taureau sur la tête et de fouets à la main, ces hommes aux muscles saillants et torse nu envahissent les rues, entièrement recouverts de peinture noire. Oui, vous avez bien lu : ils sont totalement couverts d’une substance noire comme du pétrole brut. Tout au long de la procession du Carnaval, ils offriront une performance qui restera gravée dans votre mémoire pendant un certain temps.

Découvrez-en plus sur la tradition des Lansèt Kòd ici!

Une ligne de danseurs se produisant lors du carnaval à Jacmel, Haïti
Carnaval à Jacmel
Photo: Franck Fontain

9. Carnaval

Le carnaval haïtien est l’un des plus largement reconnus des Caraïbes. Celui organisé à Jacmel a été décrété fête nationale en raison de son attrait artistique, attirant de nombreux touristes chaque année. C’est une manifestation culturelle aux couleurs vives où vous pourrez admirer le talent des artisans haïtiens à travers des thèmes rappelant la flore et la faune du pays.

Cette célébration populaire n’est pas seulement l’occasion pour les artistes et artisans de montrer leurs talents ou d’attirer les visiteurs, mais c’est aussi un moyen pour la population d’exprimer ses problèmes avec les autorités en place. C’est une fête où tous les niveaux de la société se rassemblent sans honte, sans se soucier des barrières sociales.

Si vous souhaitez faire partie des festivités ce février, alors vous feriez bien de vous préparer à faire la fête comme un Haïtien lors du Carnaval de Jacmel.

Un bol de soupe joumou
Soupe Joumou
Photo: Franck Fontain

10. Soup Joumou

Si vous rendez visite à une famille haïtienne le jour du Nouvel An, vous serez agréablement surpris par une pratique culinaire aussi ancienne qu’Haïti : la préparation traditionnelle de la Soupe Joumou. Alors oubliez votre envie de manger autre chose et laissez notre succulente soupe séduire vos papilles.

Préparée à partir d’une base de giraumont (courge turban), d’où la soupe tire son nom, ainsi que de légumes et de tubercules, ce plat est un incontournable dans tous les foyers haïtiens le jour du Nouvel An. Ne soyez pas surpris de voir des gens intégrer la Soupe Joumou à chaque repas servi pendant toute la célébration. C’est tout simplement délicieux.

Cette tradition remonte au 1er janvier 1804, lorsque la jeune nation choisit ce délicieux plat – jusqu’alors réservé aux colonisateurs et invités spéciaux – pour célébrer leur liberté fraîchement acquise.

Vous voulez découvrir ce qui rend la Soupe Joumou si unique ? Plongez dans l’histoire de ce plat et apprenez les bases pour préparer la meilleure Soupe Joumou.

Fête champêtre à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

11. Fête champêtre

Chaque ville en Haïti a son propre saint patron vers lequel les habitants se tournent pour confesser leurs peines et leurs joies ou formuler des pétitions spéciales. Ces célébrations culturelles des saints patrons, également appelées fêtes champêtres, sont d’un autre niveau.

Indépendamment de leurs croyances religieuses, les habitants d’autres villes provinciales, ainsi qu’une foule de curieux et de touristes, se dirigent vers les villes principales de chaque village pour célébrer la fête dédiée au saint patron.

Aux côtés des pèlerins religieux, il y a aussi les fêtards qui sont là uniquement pour profiter du festival après la Grande Messe de la paroisse locale. Parmi les fêtes champêtres les plus populaires en Haïti figurent les célébrations de Notre-Dame du Mont-Carmel à Saut d’Eau et de Notre-Dame à Petit-Goâve.

Rassemblez-vous avec les locaux et partez en pèlerinage à Saut d’Eau, que ce soit pour des raisons spirituelles ou simplement pour célébrer et faire la fête avec la foule.


Rédigé par Costaguinov Baptiste.

Publié en décembre 2022.


Journal photo: Fèt Gede – Une célébration de la vie lors du Jour des Morts

Foule rassemblée dans un cimetière haïtien avec une grande croix pour le rituel de Fèt Gede
Foule rassemblée pour la Fèt Gede aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Fèt Gede : Une célébration de la Vie le Jour des Morts

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Tous les ans, se déroulent en Haïti, tout au long du mois de Novembre, des festivités qui, pour un outsider, peuvent sembler, eh bien, assez étranges ! En particulier, la Fête Gédé (Jour des Morts) et la Toussaint, qui impliquent des processions troublantes vers le cimetière de chaque ville à travers le pays.

La foule qui se rassemble est un groupe varié, composé de personnes simplement curieuses ainsi que de personnes de toutes les différentes confessions, y compris le vodou haïtien. Ils se réunissent pour marcher vers le cimetière principal de chaque ville, tout en suivant le spectacle unique que propose la procession. Et quel est ce spectacle, exactement ? Des pratiquants du vodou pris en possession par les Gede, les esprits pour lesquels ces célébrations éblouissantes en Haïti sont organisées.

Vodouisant tenant une machette et des mouchoirs colorés
Un vodouisant célébrant la Fête Gédé, cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Dans la spiritualité vodou, les Gede sont les esprits des morts. Ils sont responsables d’accompagner les défunts sur le chemin vers l’autre monde, mais aussi de veiller sur les vivants. Ils constituent ainsi le pont entre le monde des vivants et celui des morts. Deux grandes divinités Gede du panthéon vodou haïtien sont Baron Samedi et Grann Brigitte.

pierre tombale dans un cimetière haïtien pendant le rituel de la Fête Gédé
Rituels de la Fête Gédé au cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Ceux qui sont possédés par les esprits gédé donnent le ton à la fête, qui est véritablement carnavalesque. Vous pourriez entendre des mots crus, voir des danses osées et assister à d’autres performances extravagantes. Tout cela offre un grand divertissement pour la foule plus docile qui suit le mouvement.

vodouisant haïtien vêtus de blanc remplissant une bouteille transparente avec un liquide
Un temple vaudou à l’intérieur du cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Enjayée par de l’alcool, ainsi que par des infusions à base de piments forts qu’ils aspergent sur leur corps, la procession se dirige vers le cimetière principal. Saisis par les esprits des morts, les possédés jurent et réalisent une performance tout à fait remarquable.

pierre tombale dans un cimetière haïtien avec deux bouteilles de soda et des fleurs
Offrandes sur une pierre tombale pendant la Fèt Gede, Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Le spectacle de la procession attire une foule considérable, et les possédés se distinguent facilement grâce aux couleurs rituelles de Baron Samedi qu’ils portent (blanc, noir et violet). Certains se couvrent même entièrement de poudre blanche ou dessinent des scènes lugubres sur leur corps. D’autres choisissent de revêtir l’habit préféré de Baron Samedi, qui comprend un chapeau noir, un monocle et une canne. Ensemble, cela crée un véritable Carnaval des Morts qui a lieu chaque année dans les cimetières haïtiens.

vodouisant haïtien vêtus de blanc remplissant une bouteille transparente avec un liquide
Préparation pendant la Fèt Gede aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Ce Festival des Morts, qui comprend des rituels et des danses tout au long du mois de novembre, témoigne du lien intime qui existe entre le monde des vivants et le monde des morts dans la spiritualité vodou. Pour les pratiquants du vodou, la Fête Gédé est en réalité plus une célébration de la vie. Les esprits gede qui reviennent par l’intermédiaire de leurs hôtes lors de la possession peuvent attester de cette façon de penser. Ils sont animés par la joie et sont des esprits qui aiment rire, danser et s’amuser.

pratiquant du vodou haïtien dansant lors du rituel de Fête Gédé, avec une foule qui observe
Pratiquants du vodou pendant la Fête Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Toutes ces performances extravagantes ont un seul objectif : divertir. Le festival n’est pas un moment de larmes ou de regrets, mais plutôt un temps pour honorer la mémoire des défunts. Cela implique notamment de préparer le festival en nettoyant les cimetières et en rénovant les tombes.

Ceux qui ont navigué vers « le pays sans chapeau » — une expression haïtienne qui signifie « l’au-delà », car personne n’est enterré avec son chapeau — demeurent présents dans la vie quotidienne et sont néanmoins célébrés comme il se doit lors de ce festival qui leur est dédié. Dans la spiritualité vodou, ceux qui ont pris le large pour le monde des morts jouent un rôle important dans la vie de tous les jours. Les esprits de ceux qui ont disparu, portant le nom de Gede, sont respectés comme des gardiens, des conseillers ou des esprits vengeurs par ceux qui restent.

La Fête Gede en Haïti est quelque peu similaire au Jour des Morts tel qu’il est pratiqué dans d’autres régions du monde (par exemple, le Dia de los Muertos). La différence réside toutefois dans la place que les morts occupent dans la croyance vodou et dans le syncrétisme qui sous-tend les différentes croyances des Haïtiens.

cimetière haïtien avec sculpture et ciel bleu parsemé de nuages
Monument pour l’esprit Gede Brav, cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

En tant qu’héritage des traditions africaines ancestrales, le Vodou réserve une place importante à ceux qui ont quitté ce monde pour le suivant. Dans la procession des Gede, différentes personnes incarnent différentes divinités, notamment Baron Samedi, Baron Lacroix, Baron Criminel, Grann Brigitte et tous les autres esprits Gede. Bien plus que de simples gardiens de la mort et des cimetières, les Gede sont aussi des gardiens de la vie.

Ainsi, la célébration de la Fête Gédé n’est pas seulement une commémoration des morts, mais une célébration où les défunts peuvent participer par le biais de la possession sous la forme des esprits Gédé.

haïtiens rassemblés au cimetière pour le rituel vaudou de la Fête Gédé
Une prêtresse vaudou dirigeant une cérémonie pour l’esprit Brav Gédé, au cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Au cimetière principal de Port-au-Prince, où se tient chaque année la plus grande itération de ce festival, les catholiques viennent prier pour les âmes de leurs défunts à la petite chapelle de Notre-Dame des Douleurs, les protestants se rassemblent sur les tombes de leurs proches disparus, et les pratiquants du vaudou viennent pour la plus grande célébration de la Fête Gédé dans tout Haïti.

pratiquants vaudous haïtiens allumant une bougie pendant la Fèt Gédé
Un rituel vaudou lors d’une cérémonie durant la Fèt Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Le festival se situe à la croisée des syncrétismes religieux en Haïti, avec des catholiques et des protestants rejoignant la procession vers les cimetières, chacun adorant à sa manière mais partageant tous les mêmes pensées pour les défunts, pensées teintées des croyances sur lesquelles reposent ces célébrations extraordinaires.

pratiquante vaudou haïtienne au cimetière portant une robe noire et violette
Une cérémonie vaudou pour l’esprit Brav Gede lors de la Fèt Gede, Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Même si la Fête Gédé se déroule autour de la Toussaint et du Jour des Morts, c’est une célébration très différente de celles que l’on peut voir ailleurs. C’est un véritable moment de communion entre les morts et les vivants, ces derniers apportant du café, du maïs grillé, du manioc, du clairin (rhum) ou le plat préféré de l’être cher disparu.

homme haïtien tenant une partie de crâne humain pour la Fête gede
Fête Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

On pourrait même être tenté de dire que la Fête Gede est bien plus qu’un simple ensemble de pratiques fondées sur certaines croyances au sujet de la mort : elle constitue plutôt une véritable philosophie de la vie, une vie qui doit être vécue comme un carnaval. Si nous profitons de chaque instant, ce ne sont pas les Gede qui nous contrediront !


Rédigé par Costaguinov Baptiste.

Publié en octobre 2022.


Krik-krak ! – La tradition haïtienne de la narration

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

Krik-krak ! (et tim-tim !)

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« Dans ma famille, nous sommes quatre, mais quand un de mes frères et sœurs n’est pas là, nous ne pouvons rien faire… » Connaissez-vous la réponse ?

Ce que vous venez de lire est un exemple d’une captivante tradition culturelle haïtienne connue sous le nom de kont, ou « contes ». La scène dans laquelle vous entendrez ces récits commence généralement au crépuscule, lorsque les enfants quittent la chaleur de leurs foyers familiaux pour se réunir dehors et faire ce que les Haïtiens appellent tire kont — « raconter des contes ». Ces contes ne sont pas vraiment des histoires, mais plutôt de petites charades, chacune plus amusante que la précédente, basées sur les détails et les petits objets de la vie quotidienne, et racontées dans un langage très coloré. La pratique du tire kont est souvent désignée sous les termes krik-krak! ou tim-tim! en raison de la formule d’appel et de réponse propre aux charades.

des garçons haïtiens assis à Port-au-Prince
Des garçons réunis pour la narration Krik-krak à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

Comment fonctionne le krik-krak

Le conteur, celui qui connaît généralement la réponse à la charade, signale le début de celle-ci en criant « Krik ! » À cela, tout le monde répond : « Krak ! »

Lorsque le conteur dit « Krik« , il annonce : « Préparez-vous, j’ai quelque chose à vous faire deviner. » Après que les gens aient répondu « Krak ! », le conteur poursuit : « Tim tim ? » et l’assemblée répond : « Bwa chèch. »

« Je suis peut-être petit, mais j’ai honoré les plus grands hommes. »

À ce moment-là, c’est à la personne la plus rapide de répondre. Les suggestions fusent de tous les coins : bougie ? Stylo ? Carnet ? Et si personne ne connaît la réponse, tout le monde avoue sa défaite en disant : « Mwen bwè pwa. » Alors, et seulement alors, le conteur révèle la réponse à l’énigme. Le krik-krak est une pratique communautaire qui en dit long sur le mode de vie des Haïtiens. Le conte, tout comme la musique et la littérature, contribue à maintenir la langue créole vivante et dynamique.

La pratique du krik-krak / tim-tim est héritée des ancêtres des Haïtiens en Afrique. Dans So Spoke the Uncle, Jean Price-Mars explique que des pratiques similaires apparaissent dans d’autres pays où la majorité de la population descend d’Afrique, comme la Guadeloupe, et que la même formule krik-krak est encore en usage dans certaines régions d’Afrique.

Aux côtés des devinettes, il existe également des histoires racontées aux enfants et aux adultes qui suivent la même formule, et qui participent à la transmission des valeurs collectives et morales de la communauté haïtienne. Certaines histoires, comme Tezin et Ti Soufri, sont largement répandues à travers Haïti. Tout comme les fables et les contes de fées, ces récits portent des leçons morales et reflètent les mœurs sociales.

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

La narration haïtienne : en pleine croissance ou en train de disparaître ?

L’oralité occupe une place extrêmement importante en Haïti, au point que même le Vodou, la religion la plus populaire, se préserve principalement à travers des traditions orales, y compris une forme strictement orale de littérature appelée odyans. Le conte haïtien met en perspective les modes de vie de la classe inférieure et des habitants des campagnes, où des thèmes tels que la propriété, la mort, l’héritage et la famille refont souvent surface — des thèmes familiers dans les contes de fées européens, qui eux aussi se centrent souvent sur la classe ouvrière rurale. Bien que le rite social de raconter des histoires autour des feux de camp soit plus vieux que l’histoire elle-même, et que le jeu de devinettes haïtien en appel et réponse soit ancré dans les modes anciens de narration africaine, le krik-krak! se distingue comme un trésor unique de la culture haïtienne, et l’un qui reflète et co-crée la société haïtienne.

Cependant, puisque les kont se transmettent de génération en génération oralement, certaines histoires racontées rarement risquent de disparaître…

des garçons haïtiens assis ensemble en train de rire
Des garçons réunis pour la narration krik-krak à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

Il y a un festival Krik-krak! en mars, et vous êtes invité(e) !

Depuis 2009, un festival annuel de narration appelé Kont Anba Tonèl – le Festival Interculturel des Contes – est organisé à Port-au-Prince ainsi qu’à Jérémie et dans d’autres villes provinciales. Tenu chaque mois de mars, à partir de la Journée mondiale du conte (le 20 mars), ce festival vise principalement à mettre en valeur les modes de narration haïtiens, en maintenant la pratique du krik-krak! vivante. Et cela semble porter ses fruits – de plus en plus de comédiens se tournent vers une carrière de conteur professionnel, et certaines stations de radio récupèrent des fichiers audio de contes, les archivant pour les conserver et les transmettre aux générations futures que nous espérons voir continuer cette pratique.

Si vous visitez Haïti pendant les deux dernières semaines du mois de mars, vous pourrez assister au festival Kont Anba Tonèl et vous immerger dans une pratique ancestrale. Attendez-vous à entendre une multitude de contes, à assister à des conférences de collecteurs de contes professionnels, et à participer à des ateliers enseignant de nombreux modes de narration, y compris le krik-krak!. Sur ce sujet…

« Krik ? S’habille de pied en cap pour rester à la maison ? » « Krak ! Le lit, bien sûr… »


Rédigé par Melissa Beralus et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en mai 2020.


Les grottes de Dondon

vue depuis l'intérieur d'une grotte avec des vignes à l'entrée
Vue de Dondon depuis l’intérieur d’une grotte
Photo: Franck Fontain

Les grottes de Dondon

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Situé dans les montagnes du nord d’Haïti, Dondon est habité depuis l’époque pré-coloniale, lorsque les peuples indigènes Taïnos y résidaient. Ce petit coin d’Haïti attire de nombreux touristes, et l’attraction principale pour les visiteurs est la possibilité d’explorer le magnifique système de grottes à proximité.

symbole de Vodou peint sur le sol d'une grotte
Vèvè de Vodou à l’intérieur d’une grotte à Dondon
Photo: Franck Fontain

Les grottes

Le spectaculaire système de grottes de Dondon comprend dix grottes distinctes. Certaines sont faciles d’accès et portent des noms spécifiques : Vault des Dames, grotte de Marc-Antoine, Vault de Fumée, Vault de Cadelia, Vault de Saint Martin, Vault de Minguet et grotte de Michel, toutes nommées en raison de leur histoire particulière.

Certaines de ces grottes étaient des lieux de culte taïnos pendant la période précolombienne, où les Taïnos venaient prier leurs dieux. L’un des dieux invoqués en période de sécheresse est encore visible sur les murs de la grotte, et, à l’époque post-coloniale, il est vénéré par les vodouwizan comme une figure importante du vodou. Les autres grottes restent sans nom, leurs histoires plongées dans le mystère.

Visites guidées

De nombreux habitants de la région de Dondon, jeunes et vieux, sont ravis de se mettre dans le rôle de guide pour les grottes. Certains ont appris par cœur des formules en français et en anglais, ce qui peut donner lieu à des conversations charmantes, mais parfois confuses.

Les guides expérimentés ou improvisés seront plus qu’heureux de vous aider à découvrir les meilleurs endroits, les pétroglyphes cachés et l’histoire qui imprègne ces grottes. Une partie de cette histoire survit uniquement à travers des récits transmis de génération en génération, vous ne la trouverez donc nulle part ailleurs.

un homme haïtien assis sur un âne en train de boire dans la rivière
Un homme sur un âne près de la rivière Bouyaja à Dondon
Photo: Anton Lau

Festivals à Dondon

Chaque ville en Haïti a son propre festival dédié à son saint patron. À Dondon, des pèlerins viennent de loin pour célébrer Saint Martin de Tours. Certains viennent ici pour faire la fête, d’autres en tant que touristes pour observer, mais la plupart sont là pour honorer les divinités du Vodou, les lwa censées résider ici. Le festival du saint patron Saint Martin de Tours a lieu à Dondon du 9 au 11 novembre, mais les préparatifs de la fête commencent dès le 7 novembre. Pendant cinq jours, les foules affluent à Dondon pour savourer du kleren, déguster du délicieux griot, et danser sur de la musique troubadour du matin jusqu’au soir.

Il y a aussi le Festival de Dondon, qui se tient du 18 au 23 juillet. Ce festival est consacré à Dondon lui-même plutôt qu’aux lwa, et attire des vacanciers qui viennent profiter des excellents spots de baignade dans les rivières avoisinantes, faire des excursions et participer aux conférences organisées à cette occasion.

Quoi d’autre se trouve à proximité ?

Dondon est proche du Palais de Sans-Souci et de la Citadelle Laferrière, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, que les habitants appellent la huitième merveille du monde. Une visite des deux sites est considérée comme essentielle pour tout séjour en Haïti, et le trajet jusqu’à ces lieux vaut vraiment l’effort.

Le Fort Moïse, situé au sommet du Vault de Saint Martin, est également tout près. Parmi les autres attractions figurent la cascade de Kota et la résidence historique de Vincent Ogé. La coopérative de café sur place, à la résidence, est un excellent endroit pour goûter à la saveur particulière du café haïtien.

entrée de cave avec des vignes et des arbres
Entrée envahie par la végétation d’une grotte à Dondon
Photo: Franck Fontain

Comment se rendre aux grottes de Dondon

Dondon est situé dans le nord d’Haïti, à environ deux heures de route au sud de Cap-Haïtien. Le trajet jusqu’à Dondon vous fera emprunter des routes sinueuses qui peuvent être assez cahoteuses par endroits. Sur le papier (ou sur GPS), l’itinéraire passant par la ville de Saint-Michel peut sembler intéressant, mais cette route offre plus d’aventure que ce que la plupart des voyageurs recherchent, et nous ne la recommandons pas. La meilleure façon de se rendre à Dondon que nous avons trouvée est la suivante :

Depuis Port-au-Prince, prenez la route en direction de Cap-Haïtien via la Route Nationale #1. La route vers Cap-Haïtien constitue la plus grande partie du trajet, mais son achèvement récent en fait un voyage confortable, sans compter qu’il est très pittoresque, avec de nombreuses villes où vous pourrez vous arrêter en chemin, chacune ayant son propre caractère. Une fois à Cap-Haïtien, continuez en direction de la ville de Milot. Tournez à gauche après avoir traversé la Rivière du Nord, et en une heure environ, vous arriverez à Dondon.

Il n’y a pas de frais officiels pour visiter les grottes, mais vous devrez engager un guide (formel ou informel). N’oubliez pas d’apporter de la nourriture et des boissons pour le trajet, car il n’y a aucune garantie que vous trouverez quelque chose sur place, bien que Lakou Lakay soit un excellent endroit pour faire une pause déjeuner si vous voyagez via Milot.


Rédigé par Jean Fils et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en avril 2020


Pèlerinage vodou à Saut d’Eau

foule d'Haïtiens rassemblés sous une immense cascade
Les pèlerins rassemblés au pied des cascades de Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Sur les traces du pèlerinage vodou vers Saut d’Eau

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La culture haïtienne – nous en parlons souvent ici à Visit Haiti, mais qu’est-ce que c’est exactement ?

La culture haïtienne est un ensemble de concepts, de pratiques et d’identités, incluant la langue créole haïtienne (Kreyol), un ensemble de valeurs morales, des coutumes quotidiennes, l’histoire de la nation moderne d’Haïti (ainsi que l’histoire liée de la République dominicaine et de l’île d’Hispaniola dans son ensemble), et la religion haïtienne : le Vodou.

Écrit Vodou pour le distinguer des traditions vaudou de Louisiane et d’autres régions de la diaspora africaine, le Vodou haïtien est né d’un mélange unique de nombreuses pratiques religieuses africaines et du christianisme, toutes introduites en Haïti durant la période coloniale.

D’après les archives de ventes conservées depuis l’époque coloniale (et encore accessibles dans des collections privées ou à la Bibliothèque nationale de France), on apprend que les plantations abritaient souvent des esclaves issus de jusqu’à dix ethnies différentes. Cela incluait des membres du peuple autochtone Taíno de l’île, dont peu avaient survécu au régime brutal de colonisation et d’esclavage jusqu’alors. Les propriétaires de plantations coloniales recevaient la recommandation de regrouper sur une même plantation des esclaves de différentes ethnies, afin qu’ils n’aient rien en commun, si ce n’est la couleur de leur peau. Parmi les peuples arrachés à leurs terres et envoyés sur les plantations haïtiennes, on trouvait notamment les Fon (Dahomey) du Bénin, ainsi que des Congolais et bien d’autres. Dans Les Mystères du Vodou, Laënnec Hurbon explique que le mot Vodou provient de la langue parlée au Bénin et signifie « pouvoir invisible et redoutable ».

Ce multiculturalisme a permis au Vodou haïtien d’acquérir, au fil des années, des caractéristiques qui lui sont propres et qui lui confèrent toute la richesse qu’on lui connaît aujourd’hui. L’une des racines de cette richesse réside dans le syncrétisme religieux, qui a permis aux pratiques africaines de s’intégrer au christianisme, ainsi qu’aux pratiques autochtones déjà présentes sur l’île. Ainsi, les saints chrétiens sont devenus des lwa vodou, et les célébrations chrétiennes se sont transformées en cérémonies et festivités vodou.

L’une de ces célébrations est le pèlerinage annuel en l’honneur de la Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau, près de la cascade magique de Saut d’Eau (appelée Sodo en Kreyol).

jeune fille haïtienne assise derrière une table avec des articles à vendre
Vendeur proposant des offrandes à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

La Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau

Populaire dans les espaces vodou à travers Haïti, la Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau est réputée pour apporter chance en amour et succès dans les transactions économiques. Elle est également vénérée sous les noms de Sainte Anne (mère de la Vierge Marie dans la tradition chrétienne), de Petite Sainte Anne (Ti Sent Án en Kreyol) ou simplement de Vierge Miraculeuse.

Chaque année, du 14 au 16 juillet, des fidèles venus de tout Haïti se rendent en pèlerinage à la cascade de Saut d’Eau, située à 60 miles au nord de Port-au-Prince. L’événement attire également des voyageurs curieux du monde entier, désireux d’assister à ce pèlerinage vodou unique en son genre.

pèlerins haïtiens lors d’un rituel spirituel près d’une cascade
Pèlerins se baignant à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Comment invoquer la faveur de la Vierge Miraculeuse

Pour obtenir la faveur de la Vierge Miraculeuse, les pratiquants du Vodou se rendent à la cascade sacrée de Saut d’Eau pour effectuer un rituel de purification. Bien que la plupart des pratiquants fassent ce pèlerinage en été, le rituel peut être réalisé à tout moment de l’année.

Le rituel, appelé bain de chance, consiste pour le fidèle à se rendre sur le site sacré avec une calebasse (une gourde fabriquée à partir d’une courge) ainsi que des offrandes destinées à la déesse, avant de se dévêtir et de plonger sous la majestueuse cascade de Saut d’Eau. Les fidèles apportent également une petite collection de feuilles, de plantes et d’herbes associées à la déesse et réputées pour leurs vertus thérapeutiques. S’ils le souhaitent, les suppliants peuvent aussi offrir du sirop d’orgeat, du parfum ou des fleurs, ou encore préparer un repas en guise de preuve de leur bonne foi et de leur loyauté envers le lwa.

Une fois les préparatifs terminés, le suppliant se baigne sous la cascade (soit seul, soit avec l’aide d’un ougan – prêtre vodou), tout en invoquant la protection et les vertus de la déesse. Il est essentiel, à la fin de cette cérémonie, de briser la calebasse qui a servi à transporter l’eau de la cascade pour se laver, et de laisser dans l’eau les vêtements portés par le suppliant lors de son arrivée sur le site – ces derniers symbolisant leur malchance passée. En revanche, les fidèles repartent vêtus d’habits neufs, avec l’espoir d’être désormais imprégnés de la protection et de la chance offertes par la déesse pour l’avenir.

foule d’Haïtiens se préparant pour un bain spirituel près d’une cascade
Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Faites votre propre pèlerinage

Intrigué ? Bien qu’il s’agisse de l’un des sites les plus sacrés d’Haïti, Saut d’Eau n’est pas fermé aux curieux. Les voyageurs sont les bienvenus pour visiter la cascade à tout moment de l’année. Que vous souhaitiez tenter votre chance en invoquant la faveur des lwa, ou simplement profiter de l’expérience de vous baigner sous une incroyable cascade d’eau douce, entourée d’une magnifique forêt emplie de chants d’oiseaux, vous êtes invité à entreprendre votre propre pèlerinage vers ce lieu si particulier.

La cascade de Saut d’Eau (appelée Sodo en Kreyol) est située à 60 miles au nord de Port-au-Prince, près de Mirebalais. Le pèlerinage a lieu du 14 au 16 juillet, mais le site est accessible aux visiteurs tout au long de l’année (selon l’état des routes).

La majestueuse cascade de Saut d’Eau n’est qu’un des nombreux sites mystiques utilisés pour le rituel du bain de chance vodou, parmi lesquels on compte également le Bassin Saint Jacques et le magnifique Bassin Bleu.

femme haïtienne en robe bleue avec un petit enfant portant un chapeau de paille
Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Rédigé par Melissa Beralus et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en février 2020


Fèt Gede – la Journée Haïtienne des Morts

homme haïtien vêtu d'une chemise violette avec des os humains célébrant le Fèt Gede
Fèt Gede à Port-au-Prince
Photo : Franck Fontain

Fèt Gede – la Journée haïtienne des Morts

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Chaque année, les 1er et 2 novembre, Haïti devient la scène d’une célébration unique : Fèt Gede, le « Festival des Morts ». Tout comme le Jour des Morts pratiqué au Mexique et par les communautés latino-américaines aux États-Unis, Fèt Gede est une façon de rendre hommage aux êtres chers disparus.

En Haïti, chaque religion célèbre cela différemment : les catholiques se réunissent à l’église pour une messe dédiée aux défunts, et les protestants se rassemblent également — mais les adeptes de l’une des religions d’État du pays — le vodou — célèbrent leurs défunts d’une manière beaucoup plus festive. Bien qu’il chevauche le concept et l’espace calendaire de la fête chrétienne des âmes, la Fête Gede tire ses origines des traditions ancestrales africaines, préservées à travers les océans et les siècles dans l’Haïti moderne.

Les spectacles de Gede sont bruyants et extravagants. Ils peuvent être vus presque partout en Haïti, avec des vodouisants habillés de manière élaborée pour représenter le sous-ensemble de lwa ou loa — « esprits » — appelés gede — « les morts ». Les gede peuvent être invisibles pendant le reste de l’année, mais pendant la Fête Gede, les morts ne passent définitivement pas inaperçus !

Découvrez plus de photos d’une célébration de Fèt Gede aux Gonaïves ici !

Vodou, lwa et gede

Le vodou est un élément prédominant de la culture haïtienne, et en tant que religion, il compte de nombreux pratiquants — appelés vodouwizan — répartis à travers le pays. Le syncrétisme religieux entre le vodou et le christianisme a historiquement rendu difficile l’estimation officielle du nombre de pratiquants, puisque la plupart des personnes qui pratiquent le vodou haïtien s’identifient également comme chrétiens. Cependant, des estimations non officielles suggèrent qu’environ 50 % des Haïtiens pratiquent le vodou. Pour ces vodouwizan, la Fèt Gede est une occasion importante d’honorer les morts.

Mais que sont exactement les gede ?

Chaque vodouwizan a son propre gede. Il s’agit soit d’un ami proche, soit d’un parent – le gede est la réincarnation d’un être cher qui est venu de l’au-delà pour vivre dans le corps du vodouwizan qui l’a appelé. Mais tous les ancêtres ne sont pas vénérés en tant que gede. Pour que les morts deviennent un gede, le vodouwizan doit, à travers une cérémonie de Vodou, entrer en contact avec le défunt et le transformer en gede, qu’il peut ensuite invoquer à sa guise.

Dans le vodou, en devenant un gede, les défunts sont transformés d’une simple âme humaine en un lwa, et ce lwa a généralement un nom qui commence par gede, par exemple, gede loray, où loray signifie « tonnerre ». Parfois, un parent qui a servi un gede meurt, et un autre vodouwizan décide de prendre le service de ce même gede.

Fête dans le cimetière

Lors des célébrations Gédé, les rues de chaque ville sont pleines de vodouwizan. Les 1er et 2 novembre, ils se rassemblent autour des cimetières pour faire des dévotions, effectuer des rituels précis et honorer les défunts.

Chaque cimetière de l’île est envahi par des vodouwizan, certains possédés par les gédé, d’autres non. Ceux qui sont possédés sont facilement reconnaissables par leur tenue : habillés de blanc, de noir et de violet, leurs visages recouverts de poudre blanche et de lunettes de soleil noires, une canne à la main et la bouteille indispensable remplie d’alcool et de piments forts (en particulier le kleren et un type d’habanero appelé piment chèvre). Les gédé adorent les piments forts, et de temps en temps, au milieu de la rue, ils versent l’alcool infusé au piment sur leurs corps, et particulièrement sur leurs organes génitaux, se tortillant et imitant des postures et des scènes érotiques, au grand plaisir des spectateurs.

Possédés par les lwa gédé, ces hommes et femmes parcourent plusieurs km à pied en dansant, leurs hanches guidant chacun de leurs mouvements. Suivant une instruction tacite, ils partagent tous une seule destination finale : le cimetière. Une fois au cimetière, le spectacle bruyant se poursuit avec des chants forts, des danses érotiques et des corps trempés de substances épicées. D’autres vodouwizan venus rendre visite à leurs proches décédés prennent le temps de verser du café et du maïs grillé sur leurs tombes, et de parler avec le parent ou l’ami proche.

Mais d’abord, les participants au défilé doivent obtenir la permission d’entrer dans le cimetière auprès de la tombe cérémonielle du « premier homme », Bawon Samdi, et de la première femme, Manman Brijit. Les gédé forment une très grande famille ; Bawon Samdi représente le père, Grann Brijit la mère, et ils sont suivis par Bawon Kriminèl, Gede Nibo, Gede Loray, Brav Gede et Gede Zanrenyen, qui forment ensemble une escorte pour tous les gédé.

Bawon Samdi (/Samedi), également connu sous le nom de Papa Gede, préside les festivités. Les couleurs de Papa Gede sont le noir, le blanc et le violet, et il est souvent représenté en train de fumer des cigares, portant un chapeau haut de forme et des lunettes de soleil – souvent avec un seul verre. Certains disent que cela est dû au fait que Bawon Samdi voit les deux mondes, ce qui lui confère une étrange ressemblance avec le dieu à un œil Odin de la mythologie nordique, qui arpente également le chemin entre les morts et les vivants.

Filles haïtiennes en robes violettes et blanches avec des visages peints qui célèbrent la Fèt Gede
Célébration Fèt Gede
Photo : Kolektif 2 Dimansyon

Comment s’engager

Chaque novembre annonce la célébration sacrée et spectaculaire de la Fèt Gede – un festival bruyant, osé et flamboyant qui incarne de nombreux éléments essentiels de la culture haïtienne, le tout agrémenté de couleurs vives, de plats épicés, de boissons fortes et du rythme des pieds des gens sur le pavé.

Les rituels de la Fèt Gede ont lieu tout au long du mois de novembre, mais sont concentrés les 1er et 2 novembre. Le plus grand et le plus bruyant des défilés a lieu à Port-au-Prince, au Grand Cimetière. Si vous voyagez en voiture, préparez-vous à des foules énormes qui rendent impossible l’accès au cimetière – vous ne trouverez pas de place pour vous garer, mais un chauffeur devrait pouvoir s’approcher suffisamment pour vous laisser descendre. L’entrée se fait par les portes principales, où est inscrit : « Souviens-Toi Que Tu Es Poussière ».


Rédigé par Jean Fils et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en octobre 2019