Art & Culture

Krik-krak ! – La tradition haïtienne de la narration

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

Krik-krak ! (et tim-tim !)

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« Dans ma famille, nous sommes quatre, mais quand un de mes frères et sœurs n’est pas là, nous ne pouvons rien faire… » Connaissez-vous la réponse ?

Ce que vous venez de lire est un exemple d’une captivante tradition culturelle haïtienne connue sous le nom de kont, ou « contes ». La scène dans laquelle vous entendrez ces récits commence généralement au crépuscule, lorsque les enfants quittent la chaleur de leurs foyers familiaux pour se réunir dehors et faire ce que les Haïtiens appellent tire kont — « raconter des contes ». Ces contes ne sont pas vraiment des histoires, mais plutôt de petites charades, chacune plus amusante que la précédente, basées sur les détails et les petits objets de la vie quotidienne, et racontées dans un langage très coloré. La pratique du tire kont est souvent désignée sous les termes krik-krak! ou tim-tim! en raison de la formule d’appel et de réponse propre aux charades.

des garçons haïtiens assis à Port-au-Prince
Des garçons réunis pour la narration Krik-krak à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

Comment fonctionne le krik-krak

Le conteur, celui qui connaît généralement la réponse à la charade, signale le début de celle-ci en criant « Krik ! » À cela, tout le monde répond : « Krak ! »

Lorsque le conteur dit « Krik« , il annonce : « Préparez-vous, j’ai quelque chose à vous faire deviner. » Après que les gens aient répondu « Krak ! », le conteur poursuit : « Tim tim ? » et l’assemblée répond : « Bwa chèch. »

« Je suis peut-être petit, mais j’ai honoré les plus grands hommes. »

À ce moment-là, c’est à la personne la plus rapide de répondre. Les suggestions fusent de tous les coins : bougie ? Stylo ? Carnet ? Et si personne ne connaît la réponse, tout le monde avoue sa défaite en disant : « Mwen bwè pwa. » Alors, et seulement alors, le conteur révèle la réponse à l’énigme. Le krik-krak est une pratique communautaire qui en dit long sur le mode de vie des Haïtiens. Le conte, tout comme la musique et la littérature, contribue à maintenir la langue créole vivante et dynamique.

La pratique du krik-krak / tim-tim est héritée des ancêtres des Haïtiens en Afrique. Dans So Spoke the Uncle, Jean Price-Mars explique que des pratiques similaires apparaissent dans d’autres pays où la majorité de la population descend d’Afrique, comme la Guadeloupe, et que la même formule krik-krak est encore en usage dans certaines régions d’Afrique.

Aux côtés des devinettes, il existe également des histoires racontées aux enfants et aux adultes qui suivent la même formule, et qui participent à la transmission des valeurs collectives et morales de la communauté haïtienne. Certaines histoires, comme Tezin et Ti Soufri, sont largement répandues à travers Haïti. Tout comme les fables et les contes de fées, ces récits portent des leçons morales et reflètent les mœurs sociales.

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

La narration haïtienne : en pleine croissance ou en train de disparaître ?

L’oralité occupe une place extrêmement importante en Haïti, au point que même le Vodou, la religion la plus populaire, se préserve principalement à travers des traditions orales, y compris une forme strictement orale de littérature appelée odyans. Le conte haïtien met en perspective les modes de vie de la classe inférieure et des habitants des campagnes, où des thèmes tels que la propriété, la mort, l’héritage et la famille refont souvent surface — des thèmes familiers dans les contes de fées européens, qui eux aussi se centrent souvent sur la classe ouvrière rurale. Bien que le rite social de raconter des histoires autour des feux de camp soit plus vieux que l’histoire elle-même, et que le jeu de devinettes haïtien en appel et réponse soit ancré dans les modes anciens de narration africaine, le krik-krak! se distingue comme un trésor unique de la culture haïtienne, et l’un qui reflète et co-crée la société haïtienne.

Cependant, puisque les kont se transmettent de génération en génération oralement, certaines histoires racontées rarement risquent de disparaître…

des garçons haïtiens assis ensemble en train de rire
Des garçons réunis pour la narration krik-krak à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

Il y a un festival Krik-krak! en mars, et vous êtes invité(e) !

Depuis 2009, un festival annuel de narration appelé Kont Anba Tonèl – le Festival Interculturel des Contes – est organisé à Port-au-Prince ainsi qu’à Jérémie et dans d’autres villes provinciales. Tenu chaque mois de mars, à partir de la Journée mondiale du conte (le 20 mars), ce festival vise principalement à mettre en valeur les modes de narration haïtiens, en maintenant la pratique du krik-krak! vivante. Et cela semble porter ses fruits – de plus en plus de comédiens se tournent vers une carrière de conteur professionnel, et certaines stations de radio récupèrent des fichiers audio de contes, les archivant pour les conserver et les transmettre aux générations futures que nous espérons voir continuer cette pratique.

Si vous visitez Haïti pendant les deux dernières semaines du mois de mars, vous pourrez assister au festival Kont Anba Tonèl et vous immerger dans une pratique ancestrale. Attendez-vous à entendre une multitude de contes, à assister à des conférences de collecteurs de contes professionnels, et à participer à des ateliers enseignant de nombreux modes de narration, y compris le krik-krak!. Sur ce sujet…

« Krik ? S’habille de pied en cap pour rester à la maison ? » « Krak ! Le lit, bien sûr… »


Rédigé par Melissa Beralus et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en mai 2020.


Pèlerinage vodou à Saut d’Eau

foule d'Haïtiens rassemblés sous une immense cascade
Les pèlerins rassemblés au pied des cascades de Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Sur les traces du pèlerinage vodou vers Saut d’Eau

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La culture haïtienne – nous en parlons souvent ici à Visit Haiti, mais qu’est-ce que c’est exactement ?

La culture haïtienne est un ensemble de concepts, de pratiques et d’identités, incluant la langue créole haïtienne (Kreyol), un ensemble de valeurs morales, des coutumes quotidiennes, l’histoire de la nation moderne d’Haïti (ainsi que l’histoire liée de la République dominicaine et de l’île d’Hispaniola dans son ensemble), et la religion haïtienne : le Vodou.

Écrit Vodou pour le distinguer des traditions vaudou de Louisiane et d’autres régions de la diaspora africaine, le Vodou haïtien est né d’un mélange unique de nombreuses pratiques religieuses africaines et du christianisme, toutes introduites en Haïti durant la période coloniale.

D’après les archives de ventes conservées depuis l’époque coloniale (et encore accessibles dans des collections privées ou à la Bibliothèque nationale de France), on apprend que les plantations abritaient souvent des esclaves issus de jusqu’à dix ethnies différentes. Cela incluait des membres du peuple autochtone Taíno de l’île, dont peu avaient survécu au régime brutal de colonisation et d’esclavage jusqu’alors. Les propriétaires de plantations coloniales recevaient la recommandation de regrouper sur une même plantation des esclaves de différentes ethnies, afin qu’ils n’aient rien en commun, si ce n’est la couleur de leur peau. Parmi les peuples arrachés à leurs terres et envoyés sur les plantations haïtiennes, on trouvait notamment les Fon (Dahomey) du Bénin, ainsi que des Congolais et bien d’autres. Dans Les Mystères du Vodou, Laënnec Hurbon explique que le mot Vodou provient de la langue parlée au Bénin et signifie « pouvoir invisible et redoutable ».

Ce multiculturalisme a permis au Vodou haïtien d’acquérir, au fil des années, des caractéristiques qui lui sont propres et qui lui confèrent toute la richesse qu’on lui connaît aujourd’hui. L’une des racines de cette richesse réside dans le syncrétisme religieux, qui a permis aux pratiques africaines de s’intégrer au christianisme, ainsi qu’aux pratiques autochtones déjà présentes sur l’île. Ainsi, les saints chrétiens sont devenus des lwa vodou, et les célébrations chrétiennes se sont transformées en cérémonies et festivités vodou.

L’une de ces célébrations est le pèlerinage annuel en l’honneur de la Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau, près de la cascade magique de Saut d’Eau (appelée Sodo en Kreyol).

jeune fille haïtienne assise derrière une table avec des articles à vendre
Vendeur proposant des offrandes à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

La Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau

Populaire dans les espaces vodou à travers Haïti, la Vierge Miraculeuse de Saut d’Eau est réputée pour apporter chance en amour et succès dans les transactions économiques. Elle est également vénérée sous les noms de Sainte Anne (mère de la Vierge Marie dans la tradition chrétienne), de Petite Sainte Anne (Ti Sent Án en Kreyol) ou simplement de Vierge Miraculeuse.

Chaque année, du 14 au 16 juillet, des fidèles venus de tout Haïti se rendent en pèlerinage à la cascade de Saut d’Eau, située à 60 miles au nord de Port-au-Prince. L’événement attire également des voyageurs curieux du monde entier, désireux d’assister à ce pèlerinage vodou unique en son genre.

pèlerins haïtiens lors d’un rituel spirituel près d’une cascade
Pèlerins se baignant à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Comment invoquer la faveur de la Vierge Miraculeuse

Pour obtenir la faveur de la Vierge Miraculeuse, les pratiquants du Vodou se rendent à la cascade sacrée de Saut d’Eau pour effectuer un rituel de purification. Bien que la plupart des pratiquants fassent ce pèlerinage en été, le rituel peut être réalisé à tout moment de l’année.

Le rituel, appelé bain de chance, consiste pour le fidèle à se rendre sur le site sacré avec une calebasse (une gourde fabriquée à partir d’une courge) ainsi que des offrandes destinées à la déesse, avant de se dévêtir et de plonger sous la majestueuse cascade de Saut d’Eau. Les fidèles apportent également une petite collection de feuilles, de plantes et d’herbes associées à la déesse et réputées pour leurs vertus thérapeutiques. S’ils le souhaitent, les suppliants peuvent aussi offrir du sirop d’orgeat, du parfum ou des fleurs, ou encore préparer un repas en guise de preuve de leur bonne foi et de leur loyauté envers le lwa.

Une fois les préparatifs terminés, le suppliant se baigne sous la cascade (soit seul, soit avec l’aide d’un ougan – prêtre vodou), tout en invoquant la protection et les vertus de la déesse. Il est essentiel, à la fin de cette cérémonie, de briser la calebasse qui a servi à transporter l’eau de la cascade pour se laver, et de laisser dans l’eau les vêtements portés par le suppliant lors de son arrivée sur le site – ces derniers symbolisant leur malchance passée. En revanche, les fidèles repartent vêtus d’habits neufs, avec l’espoir d’être désormais imprégnés de la protection et de la chance offertes par la déesse pour l’avenir.

foule d’Haïtiens se préparant pour un bain spirituel près d’une cascade
Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Faites votre propre pèlerinage

Intrigué ? Bien qu’il s’agisse de l’un des sites les plus sacrés d’Haïti, Saut d’Eau n’est pas fermé aux curieux. Les voyageurs sont les bienvenus pour visiter la cascade à tout moment de l’année. Que vous souhaitiez tenter votre chance en invoquant la faveur des lwa, ou simplement profiter de l’expérience de vous baigner sous une incroyable cascade d’eau douce, entourée d’une magnifique forêt emplie de chants d’oiseaux, vous êtes invité à entreprendre votre propre pèlerinage vers ce lieu si particulier.

La cascade de Saut d’Eau (appelée Sodo en Kreyol) est située à 60 miles au nord de Port-au-Prince, près de Mirebalais. Le pèlerinage a lieu du 14 au 16 juillet, mais le site est accessible aux visiteurs tout au long de l’année (selon l’état des routes).

La majestueuse cascade de Saut d’Eau n’est qu’un des nombreux sites mystiques utilisés pour le rituel du bain de chance vodou, parmi lesquels on compte également le Bassin Saint Jacques et le magnifique Bassin Bleu.

femme haïtienne en robe bleue avec un petit enfant portant un chapeau de paille
Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

Rédigé par Melissa Beralus et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en février 2020


Fèt Gede – la Journée Haïtienne des Morts

homme haïtien vêtu d'une chemise violette avec des os humains célébrant le Fèt Gede
Fèt Gede à Port-au-Prince
Photo : Franck Fontain

Fèt Gede – la Journée haïtienne des Morts

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Chaque année, les 1er et 2 novembre, Haïti devient la scène d’une célébration unique : Fèt Gede, le « Festival des Morts ». Tout comme le Jour des Morts pratiqué au Mexique et par les communautés latino-américaines aux États-Unis, Fèt Gede est une façon de rendre hommage aux êtres chers disparus.

En Haïti, chaque religion célèbre cela différemment : les catholiques se réunissent à l’église pour une messe dédiée aux défunts, et les protestants se rassemblent également — mais les adeptes de l’une des religions d’État du pays — le vodou — célèbrent leurs défunts d’une manière beaucoup plus festive. Bien qu’il chevauche le concept et l’espace calendaire de la fête chrétienne des âmes, la Fête Gede tire ses origines des traditions ancestrales africaines, préservées à travers les océans et les siècles dans l’Haïti moderne.

Les spectacles de Gede sont bruyants et extravagants. Ils peuvent être vus presque partout en Haïti, avec des vodouisants habillés de manière élaborée pour représenter le sous-ensemble de lwa ou loa — « esprits » — appelés gede — « les morts ». Les gede peuvent être invisibles pendant le reste de l’année, mais pendant la Fête Gede, les morts ne passent définitivement pas inaperçus !

Découvrez plus de photos d’une célébration de Fèt Gede aux Gonaïves ici !

Vodou, lwa et gede

Le vodou est un élément prédominant de la culture haïtienne, et en tant que religion, il compte de nombreux pratiquants — appelés vodouwizan — répartis à travers le pays. Le syncrétisme religieux entre le vodou et le christianisme a historiquement rendu difficile l’estimation officielle du nombre de pratiquants, puisque la plupart des personnes qui pratiquent le vodou haïtien s’identifient également comme chrétiens. Cependant, des estimations non officielles suggèrent qu’environ 50 % des Haïtiens pratiquent le vodou. Pour ces vodouwizan, la Fèt Gede est une occasion importante d’honorer les morts.

Mais que sont exactement les gede ?

Chaque vodouwizan a son propre gede. Il s’agit soit d’un ami proche, soit d’un parent – le gede est la réincarnation d’un être cher qui est venu de l’au-delà pour vivre dans le corps du vodouwizan qui l’a appelé. Mais tous les ancêtres ne sont pas vénérés en tant que gede. Pour que les morts deviennent un gede, le vodouwizan doit, à travers une cérémonie de Vodou, entrer en contact avec le défunt et le transformer en gede, qu’il peut ensuite invoquer à sa guise.

Dans le vodou, en devenant un gede, les défunts sont transformés d’une simple âme humaine en un lwa, et ce lwa a généralement un nom qui commence par gede, par exemple, gede loray, où loray signifie « tonnerre ». Parfois, un parent qui a servi un gede meurt, et un autre vodouwizan décide de prendre le service de ce même gede.

Fête dans le cimetière

Lors des célébrations Gédé, les rues de chaque ville sont pleines de vodouwizan. Les 1er et 2 novembre, ils se rassemblent autour des cimetières pour faire des dévotions, effectuer des rituels précis et honorer les défunts.

Chaque cimetière de l’île est envahi par des vodouwizan, certains possédés par les gédé, d’autres non. Ceux qui sont possédés sont facilement reconnaissables par leur tenue : habillés de blanc, de noir et de violet, leurs visages recouverts de poudre blanche et de lunettes de soleil noires, une canne à la main et la bouteille indispensable remplie d’alcool et de piments forts (en particulier le kleren et un type d’habanero appelé piment chèvre). Les gédé adorent les piments forts, et de temps en temps, au milieu de la rue, ils versent l’alcool infusé au piment sur leurs corps, et particulièrement sur leurs organes génitaux, se tortillant et imitant des postures et des scènes érotiques, au grand plaisir des spectateurs.

Possédés par les lwa gédé, ces hommes et femmes parcourent plusieurs km à pied en dansant, leurs hanches guidant chacun de leurs mouvements. Suivant une instruction tacite, ils partagent tous une seule destination finale : le cimetière. Une fois au cimetière, le spectacle bruyant se poursuit avec des chants forts, des danses érotiques et des corps trempés de substances épicées. D’autres vodouwizan venus rendre visite à leurs proches décédés prennent le temps de verser du café et du maïs grillé sur leurs tombes, et de parler avec le parent ou l’ami proche.

Mais d’abord, les participants au défilé doivent obtenir la permission d’entrer dans le cimetière auprès de la tombe cérémonielle du « premier homme », Bawon Samdi, et de la première femme, Manman Brijit. Les gédé forment une très grande famille ; Bawon Samdi représente le père, Grann Brijit la mère, et ils sont suivis par Bawon Kriminèl, Gede Nibo, Gede Loray, Brav Gede et Gede Zanrenyen, qui forment ensemble une escorte pour tous les gédé.

Bawon Samdi (/Samedi), également connu sous le nom de Papa Gede, préside les festivités. Les couleurs de Papa Gede sont le noir, le blanc et le violet, et il est souvent représenté en train de fumer des cigares, portant un chapeau haut de forme et des lunettes de soleil – souvent avec un seul verre. Certains disent que cela est dû au fait que Bawon Samdi voit les deux mondes, ce qui lui confère une étrange ressemblance avec le dieu à un œil Odin de la mythologie nordique, qui arpente également le chemin entre les morts et les vivants.

Filles haïtiennes en robes violettes et blanches avec des visages peints qui célèbrent la Fèt Gede
Célébration Fèt Gede
Photo : Kolektif 2 Dimansyon

Comment s’engager

Chaque novembre annonce la célébration sacrée et spectaculaire de la Fèt Gede – un festival bruyant, osé et flamboyant qui incarne de nombreux éléments essentiels de la culture haïtienne, le tout agrémenté de couleurs vives, de plats épicés, de boissons fortes et du rythme des pieds des gens sur le pavé.

Les rituels de la Fèt Gede ont lieu tout au long du mois de novembre, mais sont concentrés les 1er et 2 novembre. Le plus grand et le plus bruyant des défilés a lieu à Port-au-Prince, au Grand Cimetière. Si vous voyagez en voiture, préparez-vous à des foules énormes qui rendent impossible l’accès au cimetière – vous ne trouverez pas de place pour vous garer, mais un chauffeur devrait pouvoir s’approcher suffisamment pour vous laisser descendre. L’entrée se fait par les portes principales, où est inscrit : « Souviens-Toi Que Tu Es Poussière ».


Rédigé par Jean Fils et traduit par Kelly Paulemon.

Publié en octobre 2019


Fort Ogé

la forteresse de Fort Ogé, située au sommet de la montagne, offre une vue imprenable sur l'océan
Fort Ogé, Jacmel
Photo: Anton Lau

Explorez le Fort Ogé

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Alors que la plupart d’entre nous connaissent la ville de Jacmel comme la pittoresque capitale de l’art, de la culture haïtienne et des plages populaires, c’est aussi là que se trouve le Fort Ogé.

Tout petit comparé à la majestueuse Citadelle Laferrière, le Fort Ogé est souvent négligé dans les itinéraires des aventuriers. Pourtant, mis à part les comparaisons, cette forteresse est impressionnante et mérite amplement d’être explorée par elle-même.

vue aérienne de la forteresse de Fort Ogé à Jacmel avec un terrain de football à l'intérieur
Fort Ogé, Jacmel
Photo: Anton Lau

Explorez le Fort Ogé

À l’époque où Haïti arrachait son indépendance à la classe coloniale propriétaire d’esclaves, des leaders de la résistance comme Jean-Jacques Dessalines ordonnaient la construction de forteresses à travers les territoires libérés, conçues pour offrir un refuge sûr aux personnes nouvellement affranchies et pour dissuader d’éventuelles contre-offensives, au cas où les Français reviendraient tenter de reconquérir l’île. Cette période est connue sous le nom de la fortification d’Haïti, et le Fort Ogé, construit en 1804, fait partie des quelque 20 sites militaires fortifiés durant cette époque. Le Fort Ogé porte le nom de Vincent Ogé, l’un des révolutionnaires haïtiens les plus populaires.

Le Fort Ogé n’a pas été endommagé par le tremblement de terre de 2010 et reste solide jusqu’à ce jour. Construit il y a plus de deux siècles, cette forteresse toujours imposante vous amènera à vous demander « comment ? » – comment les leaders de l’indépendance ont-ils su construire une forteresse dans un endroit aussi stratégique, et comment ont-ils réussi à le faire avec les outils limités disponibles à l’époque ? Comment ont-ils transporté plusieurs canons lourds jusqu’à la forteresse, en montant la pente ?

Comparé à la Citadelle Laferrière, la plus grande forteresse d’Haïti (et l’une des plus grandes forteresses de toute l’Amérique), le Fort Ogé n’est pas aussi envahi par les touristes, ce qui en fait une excellente destination si vous êtes venu en Haïti à la recherche d’une aventure loin des foules, mais que vous vous êtes retrouvé ici pendant la haute saison.

ruines de la forteresse haïtienne de Fort Ogé à Jacmel
Fort Ogé
Photo: Anton Lau

Visites guidées

Le véritable trésor qui attend d’être découvert lorsque vous explorez le Fort Ogé, c’est l’histoire de sa construction – cachée aux yeux de beaucoup, mais bien visible pour ceux qui savent où regarder. C’est pourquoi une visite guidée personnelle est le meilleur moyen de découvrir le site : les guides locaux peuvent raconter l’histoire du fort pendant que vous l’explorez, en détaillant même les usages spécifiques des différentes cellules.

Comme c’est souvent le cas dans presque tous les sites touristiques ou points d’intérêt en Haïti, des enfants courent autour du site en jouant, et certains membres des comités locaux viendront probablement à votre rencontre pour vous accueillir et vous faire visiter. Le site est entretenu et utilisé par les habitants de la région, tout comme de nombreux autres trésors nationaux, afin de combler le vide laissé par le Ministère de la Culture. Les locaux sont toujours prêts à offrir un véritable aperçu de l’hospitalité haïtienne – ce qui inclut bien sûr des suggestions sur où manger, ce que vous devriez voir d’autre pendant votre voyage, et où trouver les meilleures options de divertissement.

Vous constaterez qu’à certains moments, lorsque les visiteurs se font rares, le fort fait partie intégrante de la vie des habitants ; les enfants y jouent au football, et les anciens se promènent. En payant une petite entrée et/ou en engageant un guide personnel, vous contribuerez au développement de la région à travers des projets communautaires.

ruines de la forteresse haïtienne de Fort Ogé à Jacmel avec un terrain de football à l'intérieur
Fort Ogé
Photo: Anton Lau

Comment s’y rendre

Situé à environ une heure à l’est de Jacmel, le Fort Ogé est proche d’autres sites historiques, notamment Cap Rouge, ainsi que d’autres destinations haïtiennes incontournables comme Bassin Bleu, la plage de Raymond les Bains et le charmant village de pêcheurs de Marigot.

Le point de départ le plus facile pour se rendre au Fort Ogé est la ville de Jacmel. Si vous conduisez votre propre voiture, dirigez-vous vers Cayes-Jacmel. Une fois que vous arrivez à l’aéroport de Jacmel (qui sera sur votre gauche), tournez à gauche sur l’Avenue Gerald M. Mathurin. À partir de là, c’est très simple ; suivez simplement les panneaux indiquant le Fort Ogé ! Cependant, la route menant au fort est assez accidentée, donc votre trajet sera bien plus réussi dans un véhicule à traction intégrale.

Si vous n’avez pas de voiture, ne vous inquiétez pas— vous pouvez toujours atteindre le fort en moto ! Au coin de l’aéroport de Jacmel, vous trouverez un groupe de conducteurs de moto, prêts à partir. Le tarif pour se rendre au fort devrait être de 500 HTG, et cela inclut le fait que votre chauffeur vous attendra au fort— vous lui paierez donc à votre retour en ville. Assurez-vous de choisir une moto capable de supporter la route rocailleuse et les pentes abruptes !


Rédigé par Kira Paulemon.

Publié en décembre 2019


Festival de cerfs-volants Festikap

trois garçons haïtiens faisant voler un cerf-volant
Festival Festikap, La Vallée de Jacmel
Photo: Franck Fontain

Festival de cerfs-volants Festikap

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Imaginez ceci : Après une semaine d’aventure à travers Haïti – entre randonnées, road-trips, plages et cascades cachées – il est temps de célébrer la nouvelle année. Vous choisissez de vous rendre à Jacmel pour admirer les feux d’artifice sur la plage. Le lendemain, vous glissez une nappe de pique-nique dans la voiture, prenez la route vers La Vallée, et contemplez un ciel rempli de cerfs-volants en savourant un bon repas et quelques boissons. Vous pouvez même tenter l’expérience en faisant voler votre propre cerf-volant, avec l’aide des autres participants ou des organisateurs du festival.Il vous faudra un peu moins de 300 gourdes (environ 3 USD) pour acheter un beau cerf-volant et participer à cette fête colorée.

Comme vous pouvez acheter un cerf-volant sur place, il est facile de se laisser tenter, ce qui fait du Festikap une aventure spontanée parfaite ! Le festival a lieu chaque 2 janvier, ce qui en fait l’activité idéale pour tous ceux qui prévoient de passer le réveillon à Jacmel (ou même à Port-au-Prince).

L’ambiance du Festikap est comparable à celle du Champ-de-Mars en février pendant le carnaval. Des cerfs-volants aux couleurs éclatantes et à la créativité débordante envahissent le ciel pendant des heures : une véritable exposition d’art en plein vol. Avec les enfants qui courent partout, les aînés qui observent et les plus jeunes qui s’adonnent au plaisir de faire voler leurs cerfs-volants, l’atmosphère à La Vallée ressemble à une grande excursion en plein air.

Dans les coulisses de la magie

Le célèbre festival de cerfs-volants de La Vallée de Jacmel – ou simplement « La Vallée » comme l’appellent les habitants – célébrera son 10ᵉ anniversaire l’année prochaine. Le Festikap est un événement organisé par l’Organisation Universitaire de Jeunes Valléens pour le Progrès avec pour objectif de préserver une tradition profondément ancrée dans la culture haïtienne, mais menacée par l’oubli et l’abandon. Ce festival annuel offre une porte d’entrée unique vers la belle communauté de La Vallée de Jacmel. Les festivités ont lieu chaque 2 janvier, une date idéale puisque c’est un jour férié en Haïti : la Journée des Aïeux.

Faire voler des cerfs-volants est une tradition essentielle de la culture haïtienne. Dès le mois d’avril, sur les toits des maisons à travers tout le pays, on peut apercevoir des enfants, leurs parents et parfois même leurs grands-parents, tirant sur de fines ficelles presque invisibles, attachées à des cerfs-volants fabriqués avec les moyens du bord. La plupart sont faits de plastique, souvent du même type que celui utilisé pour vendre des papita ou des cacahuètes grillées – certains transparents, d’autres bleus, roses ou colorés. D’autres modèles, plus élaborés, sont fabriqués en papier brun avec des touches de rouge et de vert, des queues et des ornements soigneusement ajoutés. Ensemble, ils parsèment le ciel d’un bleu éclatant du début de l’été, formant des essaims tourbillonnants aux couleurs vives.

En préparation du Festikap, les organisateurs mettent en place des ateliers pour fabriquer un certain nombre de cerfs-volants qui seront exposés le jour du festival. Mais cet événement ne se limite pas à un simple loisir : tout le processus de préparation stimule la créativité et favorise l’engagement communautaire en rassemblant des publics variés. Le festival a pour ambition de raviver l’intérêt pour une tradition en voie de disparition : la fabrication et le vol des cerfs-volants. Les efforts déployés pour organiser le Festikap s’apparentent ainsi à un véritable mouvement visant à transmettre un savoir-faire et à préserver un patrimoine culturel fragile.

garçon haïtien en jean bleu avec un cerf-volant
Garçon avec un cerf-volant au Festival Festikap, La Vallée de Jacmel
Photo: Franck Fontain

Comment s’y rendre

La Vallée se situe à une heure de route au nord-ouest de Jacmel et à environ trois heures de route au sud-ouest de Port-au-Prince. Bien que son nom évoque une vallée encaissée et ombragée, la ville se dresse en réalité à une altitude d’environ 800 mètres (soit un demi-mile au-dessus du niveau de la mer) et offre une vue panoramique sur le sud d’Haïti. Une escapade à La Vallée est l’expérience idéale pour ceux qui recherchent plus qu’un simple week-end à la plage.

Le Festikap est une excellente façon de découvrir Haïti autrement et authentiquement. Si vous aimez les couleurs, la musique et l’esprit de communauté, c’est un événement incontournable à ajouter à votre itinéraire !


Rédigé par Kira Paulemon.

Publié en octobre 2019