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De Legba à Erzulie: Guide des dieux et déesses du vodou haïtien

L’esprit vodou Agaou
Photo: Verdy Verna

De Legba à Erzulie: Guide des dieux et déesses du vodou haïtien

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Entrez dans le monde mystique du vodou haïtien, où des dieux puissants règnent en maîtres. Du guerrier féroce Ogoun à la mère aimante Erzulie, ces divinités sont vénérées et honorées par les pratiquants depuis des siècles. Mais au-delà des représentations hollywoodiennes de zombies et de possessions en transe, se cache un riche patrimoine culturel imprégné de tradition, de rituels et d’un fort esprit de communauté.

Rejoignez-nous pour plonger plus profondément dans le fascinant royaume des esprits et découvrir la véritable essence du vodou haïtien.

Combien de dieux y a-t-il dans le vodou haïtien ?

En réalité, il n’y a ni dieux ni déesses dans le vodou. Il n’y a pas non plus d’anges ou de démons. En général, les pratiquants du vodou s’accordent sur l’existence d’une entité supérieure qu’ils appellent souvent « Bondye » ou « Granmet. » Tout ce qui vit et respire est placé sous son autorité suprême. Cependant, la vie quotidienne et les croyances du pratiquant du vodou sont placées sous l’égide d’entités particulières : les Loas.

Rèn Kongo
Photo: Verdy Verna

Alors, que sont ces Loas ?

Pensez à eux comme des intermédiaires entre Dieu et nous, les mortels. En fait, les pratiquants du vodou voient les Loas comme des énergies puissantes qui s’occupent de nos affaires quotidiennes, tandis que Bondye reste en retrait. Certes, appeler Bondye le « Dieu du vodou » est un peu inexact, mais cela ne change rien à l’importance des esprits dans la vie des pratiquants. Ce sont eux qui sont honorés lors de toutes ces cérémonies et rituels dont vous avez peut-être entendu parler.

Vous ne trouverez pas de Bible sacrée du vodou qui répertorie toutes les divinités, car le vodou est une spiritualité complexe et dynamique. Les esprits du vodou haïtien sont enracinés dans les cultures africaines, caribéennes et autochtones, telles que celles des Taïnos, du royaume du Dahomey et du Congo.

Certains pratiquants vous diront qu’il existe 401 nasyon (familles de Loas), tandis que d’autres mentionneront 101 ou 21 nasyon. C’est une manière de dire qu’il y a de nombreux Loas, connus et inconnus.

Pour vous aider à y voir plus clair, voici une liste des Loas les plus connus.

Papa Legba
Photo: Verdy Verna

Papa Legba

Commençons par Papa Legba, le gardien de la porte du monde des esprits et celui qui dévoile les secrets du vodou. Connu comme un Loa farceur, il est souvent représenté comme un vieil homme s’appuyant sur une béquille, accompagné d’un ou plusieurs chiens. Lors des cérémonies vodou, il est le premier à être invoqué, car c’est lui qui ouvre le portail spirituel qui sépare les Loas de notre monde physique.

De plus, Papa Legba est le gardien des portails, des portes et des carrefours, et il est connu sous plusieurs noms, tels que Atibon Legba, Legba Met Kafou et Legba Potay. Son rôle est essentiel dans tout rituel vodou, car c’est lui qui accorde l’accès aux autres Loas et leur permet de se manifester pendant la cérémonie.

Danmbala Wèdo & Ayida Wèdo
Photo: Verdy Verna

Damballah Wèdo et Ayida Wèdo

Voici Damballa Wèdo et Ayida Wèdo – le couple divin ultime. Ils symbolisent l’équilibre parfait et l’harmonie de toute la création, représentant à la fois les énergies masculines et féminines. Ensemble, ils sont souvent représentés sous la forme de deux serpents entrelacés, illustrant l’union de leurs esprits.

Damballa est la force originelle de la création, considéré comme la voix intérieure de Dieu. Il est la source de toute sagesse et de tout savoir, et il représente le serpent de la terre et de l’horizon.

Ayida, quant à elle, est l’arc-en-ciel, le serpent du ciel. Elle apporte la pluie à la terre et lui rend sa beauté. Ensemble, Damballa et Ayida sont la source de la vie et de la sagesse. Leur symbole des serpents entrelacés apparaît souvent sur les tambours vodou, les meubles et même sur le poto mitan (le poteau central d’un péristyle).

Ayizan Velekete
Photo: Verdy Verna

Ayizan Velekete

Ayizan Velekete, une vieille femme sage qui arpente les routes avec sa fidèle canne, est bien plus qu’une simple figure. Elle est la gardienne du commerce et de l’économie, connue pour sa sagesse ancestrale et son esprit pur. Son regard bienveillant veille sur les activités commerciales et les routes, et les pratiquants du vodou l’invoquent souvent pour réussir dans leurs affaires.

En tant qu’épouse de Papa Loko, ils œuvrent ensemble pour assurer la pureté et le respect de la tradition vodou. Son arbre préféré est le palmier, symbole de royauté, bien qu’elle soit souvent représentée comme une vieille femme astucieuse.

Papa Loko
Photo: Verdy Verna

Papa Loko

Papa Loko est un Loa puissant, et son importance est magnifiquement illustrée dans une chanson folklorique haïtienne populaire, interprétée avec brio par Toto Bissainthe : « Papa Loko ou se van, pouse n ale nou se papiyon » (Papa Loko, tu es le vent, nous poussant, et nous devenons des papillons).

En tant que gardien des temples vodou (appelés hounfour), il est responsable de la préservation de la tradition vodou et de la transmission de la sagesse aux nouveaux initiés, qu’ils deviennent prêtres ou prêtresses vodou. Il est grandement respecté et souvent honoré par les pratiquants, qui utilisent son asson (hochet) lors des rituels.

Mais ce n’est pas tout – avec sa vaste connaissance des plantes médicinales et des remèdes naturels, Papa Loko est également un loa guérisseur, capable d’aider ceux qui ont besoin de guérison physique, émotionnelle ou spirituelle.

Kouzen Zaka
Photo: Verdy Verna

Kouzen Zaka

Connu comme le loa fermier par excellence, Kouzen Zaka est adoré par les communautés rurales pour sa capacité à assurer une récolte abondante et la prospérité dans les champs. Il est souvent représenté portant un chapeau de paille, une machette et un djakout (sac en fibres tressées). Célébré chaque 1er mai lors de la fête de l’agriculture et du travail, il est réputé pour combattre la paresse et l’oisiveté.

Kouzen Zaka est un ami des travailleurs acharnés, leur accordant la réussite dans leurs efforts. Il est souvent associé à Saint Isidore de Séville et aime tous les Haïtiens, qu’ils soient vivants ou morts. Avec une version enfantine de lui-même appelée Ti-Zaka dans certaines lignées, ce Loa attachant incarne l’importance de valoriser le pouvoir du travail acharné.

Mèt Agwe Tawoyo
Photo: Verdy Verna

Mèt Agwe

Esprit puissant des océans, Met Agwe Tawoyo est le souverain et le gardien de ses richesses. Il est souvent comparé au dieu grec Poséidon et est adoré par les pêcheurs et les marins pour sa générosité. Sa résidence mythique, Nan Zile, serait cachée dans les profondeurs de la mer.

Lors des rituels vodou, ceux possédés par Mèt Agwe se tournent souvent vers la mer, reconnaissant ainsi sa puissante présence. Il est marié à Mambo La Sirène, la sirène haïtienne, et ensemble, ils règnent sur un large groupe d’esprits dans le panthéon vodou.

Manbo Lasirèn Dyaman
Photo: Verdy Verna

Manbo Lasiren Dyaman

Dans le monde du vodou haïtien, la déesse sirène de la mer, Lasirèn, règne en maître. Avec sa forme séduisante mi-femme, mi-poisson, elle incarne la richesse et l’abondance de l’océan et est vénérée comme une puissante loa capable d’accorder prospérité et bonne fortune à ses fidèles.

En tant qu’épouse de Met Agwe, elle règne avec lui sur le vaste royaume des océans. Selon la culture haïtienne, quiconque trouve son peigne deviendra maître d’une immense richesse. Mais attention, Lasirèn n’est pas seulement un esprit bienveillant. Lorsqu’elle est en colère, elle peut se montrer capricieuse et dangereuse. Sous sa forme alternative de Labalenn, la baleine, elle peut se manifester comme une force puissante de force inconsciente.

Erzulie Freda
Photo: Verdy Verna

Erzulie Freda

Erzulie Freda, Loa haïtienne de l’amour, de la beauté et de la prospérité, peut être comparée à la déesse grecque Aphrodite. Elle est une puissante esprit, connue pour sa vanité et sa nature timide. Pour l’accueillir lors des rituels, les pratiquants doivent la traiter avec les honneurs dus à son statut de grande dame. Elle adore les parfums enivrants, les bijoux, et tout ce qui touche à la beauté et à la coquetterie.

Elle est considérée comme un esprit généreux, comblant ses fidèles de dons matériels et spirituels ainsi que d’amour, mais elle peut aussi se montrer capricieuse, difficile et même cruelle. Freda est souvent invoquée par des hommes en quête de prouesse sexuelle ou de richesse, et elle est fréquemment assistée par sa « sœur », l’esprit Petwo, Ezili Danto.

Erzulie Dantò
Photo: Verdy Verna

Erzulie Dantò

Aussi connue sous le nom de Mami Dantò, Erzulie Dantò est une figure maternelle puissante et protectrice dans la tradition vodou. Souvent représentée avec un couteau, elle symbolise la justice et combattra avec force pour protéger ses enfants, qui sont ses fidèles loyaux. Elle est une mère célibataire, une paysanne haïtienne farouchement indépendante, qui prend soin des siens.

L’esprit Erzulie Dantò est forte et déterminée à subvenir aux besoins de ses enfants. Malgré son apparence sévère, elle est profondément attentionnée et dévouée à ses enfants, et ne reculera devant rien pour les protéger. Elle est également la gardienne et protectrice des orphelins, des enfants malades et de ceux qui ont été maltraités.

Ogou Feray
Photo: Verdy Verna

Ogou

Le puissant loa guerrier, Ogou, incarne l’esprit combatif. Tout comme les dieux de la guerre romains, Mars et Jupiter, il inspire respect et crainte à ses fidèles. En tant que protecteur et gardien de son peuple, Ogou est associé au feu, à l’épée et à la guerre.

Il est une divinité féroce et redoutable avec plusieurs formes, dont Ogou Feray, Ogou Batala et Ogou Badagri. Chaque esprit Ogou possède des caractéristiques et attributs distincts, mais tous partagent un amour pour la guerre, l’épée et le travail de la forge. Avec son énergie puissante et sa discipline rigide, Ogou est le guide idéal pour ceux qui cherchent à surmonter leurs peurs et à devenir des versions plus fortes et meilleures d’eux-mêmes.

On dit qu’Ogou incarne l’esprit guerrier de l’ancien empire d’Oyo en Afrique de l’Ouest, et son vèvè est le totem des empereurs et rois qui ont succédé à Abiodun, roi du peuple Oyo.

Met Kafou
Photo: Verdy Verna

Met Kafou

Si vous avez le courage d’invoquer Met Kafou, préparez-vous à une épreuve de volonté, de détermination et de discipline. Ce redoutable loa est le maître de la magie noire et de la sorcellerie, et il ne dispense pas ses faveurs à la légère. Cependant, si vous parvenez à prouver votre valeur, Met Kafou peut vous accorder un immense pouvoir et une grande sagesse.

Mais soyez prudent: ses dons viennent avec un prix élevé, et il n’hésitera pas à le réclamer. Si vous êtes prêt à prendre ce risque, avancez avec précaution et marchez prudemment, de peur de devenir la proie des forces puissantes qui guettent.

Bawon Samdi
Photo: Verdy Verna

Bawon Samdi et les Gede

Également connu sous le nom de Baron Samedi, il est le chef du groupe des Loa Gede, les esprits des morts dans la tradition vodou. Il est le gardien de la barrière entre les vivants et les morts et est responsable de s’assurer que les âmes des défunts passent en toute sécurité dans l’au-delà.

Il est souvent représenté comme une grande silhouette sombre, vêtue d’un chapeau haut de forme, d’un smoking noir et de lunettes de soleil, avec un crâne à la place du visage. Bawon Samdi est connu pour son caractère espiègle et joueur, mais il ne faut pas le prendre à la légère, car il détient le pouvoir de la vie et de la mort entre ses mains.

Il est souvent invoqué lors des rituels pour communiquer avec les défunts, et on dit qu’il a le pouvoir de guérir les malades et de protéger contre les esprits maléfiques. Les Gede incluent également d’autres puissants Loas tels que Baron Lacroix, Baron Kriminel, Gede Nibo, Papa Gede et Gede Mazaka, chacun ayant sa personnalité et ses pouvoirs uniques.

Découvrez-en plus sur Fèt Gede, la célébration haïtienne du jour des morts qui honore les esprits Gede, et consultez les photos d’une célébration de Fèt Gede à Gonaïves.


Rédigé par Costaguinov Baptiste.

Publié en février 2023.


Journal photo: Gonaïves – La Ville de l’Indépendance

place publique avec de l'herbe et une statue
Place d’Armes, place centrale des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Gonaïves – La Ville de l’Indépendance

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Un excellent point de départ pour explorer Gonaïves est la Place d’Armes, une grande place publique située au centre de la ville, où l’indépendance d’Haïti a été proclamée le 1er janvier 1804.

Ici, vous trouverez deux monuments emblématiques étroitement liés à la ville : la Cathédrale Du Souvenir et l’Obélisque. Ces structures sont un témoignage de la riche histoire de Gonaïves, y compris de son rôle important dans la lutte d’Haïti pour l’indépendance.

rue animée d'une ville haïtienne avec beaucoup de circulation
Trafic sur l’Avenue des Dattes
Photo: Jean Oscar Augustin

En plus de ses sites historiques, Gonaïves est une ville vibrante et animée. Ses rues, comme l’Avenue des Dattes, fourmillent d’activité et offrent un aperçu de la vie quotidienne et de la culture de la ville.

rue de ville avec un bus et un vendeur de glace
Vie urbaine devant la mairie
Photo: Jean Oscar Augustin

Vous remarquerez une grande variété de quartiers et de paysages urbains en explorant les rues. Des zones chaotiques remplies de taxis-motos, de bus taptap colorés et de vendeurs ambulants négociant à la criée, aux quartiers paisibles et tranquilles, cette ville offre quelque chose pour tout le monde.

monument historique avec la statue de Jean-Jacques Dessalines
Statue de Jean-Jacques Dessalines sur la Place d’Armes
Photo: Jean Oscar Augustin

L’une des choses qui rend Gonaïves si unique est sa riche histoire. Ses places publiques et ses monuments sont un rappel du passé de la ville, et des histoires qui sont inscrites dans chaque brique et pavé.

place publique avec un garçon sur un vélo BMX et un autre garçon avec un ballon de football
Des enfants jouant au football sur la place publique de Raboteau
Photo: Jean Oscar Augustin

Mais Gonaïves n’est pas seulement une ville du passé – c’est aussi une ville de l’avenir. Ses jeunes, jouant et riant dans les parcs et terrains de jeux de la ville, sont un rappel de l’espoir et des promesses qui se dessinent pour l’avenir.

bord d'un lac avec deux maisons en bois vernaculaires et des montagnes en arrière-plan
Les marais salants de Morne Lapierre
Photo: Jean Oscar Augustin

Pour vraiment découvrir la beauté de Gonaïves, il vaut la peine de s’aventurer en dehors de la ville. L’un des points forts est une excursion vers les magnifiques marais salants du Morne Lapierre, à proximité. Là, les eaux salées scintillent sous le soleil, créant un paysage à couper le souffle. La forte salinité de l’eau de mer et l’exposition constante au soleil font de cette région l’un des meilleurs endroits du pays pour la production de sel marin.

rue animée de la ville avec des activités de marché et des motos
La place du marché animée de Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

La place du marché est un autre incontournable pour tout visiteur de la ville. C’est un centre vibrant d’activités, où les divers aspects de la vie quotidienne se croisent et se rassemblent. La place elle-même est une mosaïque chaotique et colorée, remplie des sons, des odeurs et des vues de la ville.

Le pavé est bondé de vendeurs ambulants, de taptaps et de taxis-motos, tous en compétition pour attirer l’attention et trouver de l’espace. Et pourtant, malgré l’agitation, il y a ici un sentiment de chaleur et de communauté. Les visages joyeux des gens, discutant et riant ensemble, donnent à la place du marché son âme et son caractère.

bâtiment peint de couleurs vives dans une communauté vaudou
Lakou Soukri à Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Gonaïves est également un centre majeur de pèlerinage vaudou, abritant deux des plus grands lakous du pays : Lakou Soukri et Lakou Souvenance. Chaque année, ces lakous attirent des milliers de pèlerins, de touristes et de visiteurs curieux qui viennent vivre les festivals annuels ainsi que les rituels et traditions uniques du vaudou.

cour intérieure dans un lakou vaudou avec des bâtiments, des arbres et une fille
Maisons dans le Lakou Soukri
Photo: Jean Oscar Augustin

Le concept de lakou est l’une des plus anciennes traditions culturelles d’Haïti. C’est un lieu où les fidèles vivent en communauté, et bien que la vie quotidienne dans le lakou ne soit pas très différente d’ailleurs, il existe certaines règles et coutumes qui doivent être suivies afin de préserver les pratiques ancestrales du vaudou.

sculpture vaudou en métal avec des symboles et des offrandes aux esprits
Un panneau à l’entrée du Lakou Souvenance
Photo: Jean Oscar Augustin

Le Lakou Souvenance est situé à environ onze kilomètres au nord des Gonaïves. Ce vieux lakou, âgé de plus de deux cents ans, revêt une grande importance spirituelle pour la communauté vaudou. Ses murs et portes anciens, usés et patinés par le temps, témoignent des siècles de traditions et de rituels qui ont eu lieu à l’intérieur de ses frontières.

vieux arbres courbés poussant dans une cour, offrant de l'ombre
Arbres majestueux entourant un étang au Lakou Souvenance
Photo: Jean Oscar Augustin

Pour le visiteur, un voyage au Lakou Souvenance offre un aperçu d’un monde de spiritualité et de tradition qui est unique en son genre. C’est un lieu de grande beauté et de mystère, où le passé et le présent se rejoignent d’une manière à la fois unique et puissante.

rue de ville bordée d'arbres tropicaux, avec de la circulation et une station-service
Lever du soleil sur l’Avenue des Dattes
Photo: Jean Oscar Augustin

11 traditions culturelles haïtiennes que vous ne connaissiez pas

Groupe Lansèt Kod à Jacmel
Photo: Jean Oscar Augustin

11 traditions culturelles haïtiennes que vous ne connaissiez pas

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Si vous savez déjà un peu sur Haïti, vous avez probablement une idée de notre magnifique pays, situé sur l’île enchanteresse d’Hispaniola que nous partageons avec la République Dominicaine. Il est possible, cependant, que vous n’ayez pas encore entendu parler de certaines des traditions culturelles haïtiennes les plus uniques, connues uniquement des locaux.

Pour satisfaire votre curiosité, nous avons rassemblé une sélection de nos traditions les plus anciennes, allant de la vie quotidienne dans nos communautés rurales à l’effervescence de nos villes et à notre riche culture culinaire.

groupe d'Haïtiens assis sur des chaises et sur un porche dans une cour
Récit Krik-krak à Cayes Jacmel
Photo: Anton Lau

1. « Krik-Krak »

Tout vrai Haïtien sait que l’exclamation « krik ? » est toujours suivie d’un excellent « krak », ou histoire, car raconter des contes fait partie intégrante des traditions culturelles d’Haïti. Que ce soit sous une tonnelle en buvant du thé au citronnelle avec de la cannelle ou dans le confort d’une pièce chaude, les plus jeunes se rassemblent autour des plus âgés pour écouter leurs récits d’antan.

Si vous voulez attirer l’attention d’un ami haïtien, profitez de chaque occasion pour lancer un « krik ? » et il répondra inévitablement par un « krak ». Mais attention, votre histoire doit être à la hauteur!

Ça a l’air intéressant, n’est-ce pas ? Découvrez l’histoire de cette tradition unique et l’impact du krik-krak dans la culture haïtienne. De plus, pour une excellente lecture, le livre Krik? Krak! est une compilation de fascinants contes haïtiens d’Edwidge Danticat, l’une des auteures haïtiennes les plus célèbres à ce jour.

Travailleurs dans un konbit aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

2. Konbit

Si vous traversez certaines régions rurales d’Haïti pendant la saison de labour, ne soyez pas surpris de voir tous les villageois travailler ensemble ou sur les terres des uns et des autres. Cette forme d’organisation sociale dans nos sociétés rurales est une part essentielle de notre culture et l’une des plus anciennes traditions haïtiennes qui perdurent jusqu’à ce jour.

Tandis que les hommes manient joyeusement leurs kouto digo (hachettes) et machettes pour déterrer et travailler la terre avant le prochain semis, les femmes préparent les repas. De plus, le mot « konbit » en créole haïtien est devenu un terme utilisé pour désigner la vie en harmonie et les pratiques de voisinage uniques à la communauté haïtienne.

bâtiment peint de couleurs vives dans une communauté vaudou
Lakou Soukri aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

3. Lakou

Imaginez vivre dans une patrie au sein d’une autre, où chaque individu fait partie intégrante d’une société plus large dédiée à un bien commun. En Haïti, un tel lieu est connu sous le nom de lakou. Il est courant de voir des familles haïtiennes partager des espaces communs autour de leurs unités familiales centrales.

Le lakou sert de cocon éducatif dans lequel les plus jeunes membres peuvent apprendre à partager et à vivre en harmonie avec leurs voisins grâce à leurs aînés. Ceux qui grandissent dans la commune ont la responsabilité, un jour, de revenir honorer leur famille, chercher des conseils avisés et s’excuser publiquement auprès des esprits vaudou ou des loas qui pourraient avoir été offensés.

De nombreuses communautés rurales haïtiennes dépendent de l’organisation sociale que les lakou offrent pour avancer dans la vie quotidienne. Elles ne se contentent pas de labourer la terre ensemble, mais partagent aussi et pratiquent leur croyance en le vaudou haïtien. Le culte des esprits est profondément ancré dans le lakou, et des lakou bien connus comme Souvans, Soukri et Badio perpétuent cette tradition culturelle unique à Haïti.

Préparations de Beny Chans à Kabik
Photo: Anton Lau

4. Beny chans

Cela pourrait sembler étrange au premier abord, mais si vous tombez sur un grand bol d’eau rempli d’herbes et de feuilles en voyageant à travers Haïti, alors vous avez rencontré un « beny chans« . Traditionnellement utilisé comme douche d’herbes pour les femmes après l’accouchement, il est également considéré comme une potion pour la chance, pour trouver une âme sœur, voire pour la protection lors d’un voyage qui changera la vie.

Si vous n’avez pas grandi en Haïti, vous pourriez être réticent à plonger vos mains dans ce mélange inhabituel. Pourtant, pour les locaux, cela fait partie intégrante de la culture haïtienne unique – à tel point qu’il ne serait pas surprenant qu’un Haïtien vivant à l’étranger revienne en Haïti pour recevoir cette onction sacrée la veille du Nouvel An.

Vous vous sentez aventureux ? Allez-y, essayez-le. Mais n’oubliez pas de puiser dans vos racines afro-caribéennes avec notre guide pour un retour aux sources.

un prêtre vaudou et un praticien effectuant une danse
Rituel lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

5. Cérémonie vaudou et danse

Voici l’une des traditions culturelles haïtiennes qui éveillera sans doute votre curiosité. Oubliez le concept mainstream d’un groupe de satanistes assoiffés de sang se rassemblant dans une église gothique délabrée – il s’agit là du stéréotype hollywoodien par excellence. Pensez plutôt à une véritable expérience spirituelle où les participants entrent dans un état de transe, en harmonie avec des entités spirituelles puissantes.

La culture haïtienne n’est pas la seule à avoir le vaudou comme pratique religieuse, des rituels similaires sont activement pratiqués dans des endroits comme le « Deep South » en Louisiane ou le pays insulaire africain du Bénin. Dans des pays comme le Brésil et Cuba, la pratique de la santería est encore courante dans de nombreuses communautés. La tradition vaudou haïtienne, cependant, comporte des éléments issus de siècles de syncrétisme, résultant en un mélange des traditions spirituelles africaines, chrétiennes et taïnos.

Le vaudou est une forte tradition culturelle dans l’imaginaire collectif haïtien—et il est présent dans les peintures, la musique, les danses et la littérature haïtiennes. Plus qu’une simple religion ou spiritualité, le vaudou est un patrimoine immatériel que tous les Haïtiens partagent, qu’ils se considèrent comme de véritables pratiquants ou non.

Prêt pour une expérience unique ? Découvrez comment assister à une cérémonie vaudou en Haïti.

homme haïtien vêtu d'une chemise violette avec des os humains célébrant le Fèt Gede
Fèt Gede à Port-au-Prince
Photo: Franck Fontain

6. Fèt Gede

Les morts occupent une place de grande importance dans la vie quotidienne haïtienne, et les honorer constitue l’une des traditions culturelles les plus sacrées. Pour ce faire, tout le mois de novembre est consacré chaque année à des cérémonies visant à apaiser les morts et à communiquer avec eux. Les esprits qui règnent sur le monde des morts dans le panthéon vaudou haïtien sont Bawon Samdi et Grann Brigitte.

Les Gédé symbolisent les esprits de ceux qui sont passés dans l’autre monde. Lors des cérémonies organisées en leur honneur, ils reviennent pour apporter de la joie au peuple avec leurs danses frénétiques et leurs paroles osées.

Chaque célébration haïtienne du jour des morts est remplie d’une aura d’excitation et de mysticisme, que vous pouvez découvrir par vous-même dans ce journal photo d’une célébration de la Fèt Gede aux Gonaïves.

groupe d'Haïtiens marchant en jouant des trompettes lors des festivités de rara
Orchestre rara défilant à Bois Moquette
Photo: Franck Fontain

7. Rara

Toutes les traditions culturelles haïtiennes n’ont pas des origines aussi sombres que celles liées à la mort. En fait, certaines d’entre elles sont plutôt joyeuses, et le Rara en est un parfait exemple. Ces groupes qui défilent à pied dans les rues pendant les week-ends précédant le Carnaval et la période de Pâques constituent l’une des pratiques culturelles les plus connues d’Haïti.

Ces groupes animés de bons vivants jouent divers instruments, tels que le bambou, le vaccin, les cymbales, et parfois même des trompettes et d’autres instruments à vent. Leur répertoire va des parodies de chansons populaires aux chansons originales et celles écrites pour des occasions spéciales.

Chaque groupe est précédé par un homme portant un drapeau, une femme vêtue des couleurs du groupe, et de jeunes filles qui lancent la procession. Suivent les musiciens et le reste du groupe joyeux qui danse au rythme de la musique.

Aujourd’hui, la pratique du Rara n’est pas uniquement propre à Haïti ; d’autres pays des Caraïbes comme Cuba et la République Dominicaine, où elle est connue sous le nom de Gaga, ont adopté cette tradition culturelle en provenance d’Haïti.

Découvrez les véritables origines de la tradition Rara d’Haïti et rejoignez la célébration!

Un groupe de Lansèt Kod à Jacmel
Photo: Jean Oscar Augus

8. Lansèt kòd

Si vous visitez Haïti pendant la période du Carnaval, vous aurez sans aucun doute l’occasion d’être témoin de l’une des traditions culturelles les plus inoubliables : la célèbre procession des Lansèt Kòd. Certains Haïtiens vous diront qu’ils en ont été traumatisés lorsqu’ils étaient enfants. Ces groupes qui envahissent les rues de villes comme Jacmel, Jérémie ou Cap-Haïtien lors des dimanches précédant le Carnaval ont plus que ce qu’il faut pour impressionner.

Vêtus de cornes de taureau sur la tête et de fouets à la main, ces hommes aux muscles saillants et torse nu envahissent les rues, entièrement recouverts de peinture noire. Oui, vous avez bien lu : ils sont totalement couverts d’une substance noire comme du pétrole brut. Tout au long de la procession du Carnaval, ils offriront une performance qui restera gravée dans votre mémoire pendant un certain temps.

Découvrez-en plus sur la tradition des Lansèt Kòd ici!

Une ligne de danseurs se produisant lors du carnaval à Jacmel, Haïti
Carnaval à Jacmel
Photo: Franck Fontain

9. Carnaval

Le carnaval haïtien est l’un des plus largement reconnus des Caraïbes. Celui organisé à Jacmel a été décrété fête nationale en raison de son attrait artistique, attirant de nombreux touristes chaque année. C’est une manifestation culturelle aux couleurs vives où vous pourrez admirer le talent des artisans haïtiens à travers des thèmes rappelant la flore et la faune du pays.

Cette célébration populaire n’est pas seulement l’occasion pour les artistes et artisans de montrer leurs talents ou d’attirer les visiteurs, mais c’est aussi un moyen pour la population d’exprimer ses problèmes avec les autorités en place. C’est une fête où tous les niveaux de la société se rassemblent sans honte, sans se soucier des barrières sociales.

Si vous souhaitez faire partie des festivités ce février, alors vous feriez bien de vous préparer à faire la fête comme un Haïtien lors du Carnaval de Jacmel.

Un bol de soupe joumou
Soupe Joumou
Photo: Franck Fontain

10. Soup Joumou

Si vous rendez visite à une famille haïtienne le jour du Nouvel An, vous serez agréablement surpris par une pratique culinaire aussi ancienne qu’Haïti : la préparation traditionnelle de la Soupe Joumou. Alors oubliez votre envie de manger autre chose et laissez notre succulente soupe séduire vos papilles.

Préparée à partir d’une base de giraumont (courge turban), d’où la soupe tire son nom, ainsi que de légumes et de tubercules, ce plat est un incontournable dans tous les foyers haïtiens le jour du Nouvel An. Ne soyez pas surpris de voir des gens intégrer la Soupe Joumou à chaque repas servi pendant toute la célébration. C’est tout simplement délicieux.

Cette tradition remonte au 1er janvier 1804, lorsque la jeune nation choisit ce délicieux plat – jusqu’alors réservé aux colonisateurs et invités spéciaux – pour célébrer leur liberté fraîchement acquise.

Vous voulez découvrir ce qui rend la Soupe Joumou si unique ? Plongez dans l’histoire de ce plat et apprenez les bases pour préparer la meilleure Soupe Joumou.

Fête champêtre à Saut d’Eau
Photo: Franck Fontain

11. Fête champêtre

Chaque ville en Haïti a son propre saint patron vers lequel les habitants se tournent pour confesser leurs peines et leurs joies ou formuler des pétitions spéciales. Ces célébrations culturelles des saints patrons, également appelées fêtes champêtres, sont d’un autre niveau.

Indépendamment de leurs croyances religieuses, les habitants d’autres villes provinciales, ainsi qu’une foule de curieux et de touristes, se dirigent vers les villes principales de chaque village pour célébrer la fête dédiée au saint patron.

Aux côtés des pèlerins religieux, il y a aussi les fêtards qui sont là uniquement pour profiter du festival après la Grande Messe de la paroisse locale. Parmi les fêtes champêtres les plus populaires en Haïti figurent les célébrations de Notre-Dame du Mont-Carmel à Saut d’Eau et de Notre-Dame à Petit-Goâve.

Rassemblez-vous avec les locaux et partez en pèlerinage à Saut d’Eau, que ce soit pour des raisons spirituelles ou simplement pour célébrer et faire la fête avec la foule.


Rédigé par Costaguinov Baptiste.

Publié en décembre 2022.


Journal photo: Fèt Gede – Une célébration de la vie lors du Jour des Morts

Foule rassemblée dans un cimetière haïtien avec une grande croix pour le rituel de Fèt Gede
Foule rassemblée pour la Fèt Gede aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Fèt Gede : Une célébration de la Vie le Jour des Morts

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Tous les ans, se déroulent en Haïti, tout au long du mois de Novembre, des festivités qui, pour un outsider, peuvent sembler, eh bien, assez étranges ! En particulier, la Fête Gédé (Jour des Morts) et la Toussaint, qui impliquent des processions troublantes vers le cimetière de chaque ville à travers le pays.

La foule qui se rassemble est un groupe varié, composé de personnes simplement curieuses ainsi que de personnes de toutes les différentes confessions, y compris le vodou haïtien. Ils se réunissent pour marcher vers le cimetière principal de chaque ville, tout en suivant le spectacle unique que propose la procession. Et quel est ce spectacle, exactement ? Des pratiquants du vodou pris en possession par les Gede, les esprits pour lesquels ces célébrations éblouissantes en Haïti sont organisées.

Vodouisant tenant une machette et des mouchoirs colorés
Un vodouisant célébrant la Fête Gédé, cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Dans la spiritualité vodou, les Gede sont les esprits des morts. Ils sont responsables d’accompagner les défunts sur le chemin vers l’autre monde, mais aussi de veiller sur les vivants. Ils constituent ainsi le pont entre le monde des vivants et celui des morts. Deux grandes divinités Gede du panthéon vodou haïtien sont Baron Samedi et Grann Brigitte.

pierre tombale dans un cimetière haïtien pendant le rituel de la Fête Gédé
Rituels de la Fête Gédé au cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Ceux qui sont possédés par les esprits gédé donnent le ton à la fête, qui est véritablement carnavalesque. Vous pourriez entendre des mots crus, voir des danses osées et assister à d’autres performances extravagantes. Tout cela offre un grand divertissement pour la foule plus docile qui suit le mouvement.

vodouisant haïtien vêtus de blanc remplissant une bouteille transparente avec un liquide
Un temple vaudou à l’intérieur du cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Enjayée par de l’alcool, ainsi que par des infusions à base de piments forts qu’ils aspergent sur leur corps, la procession se dirige vers le cimetière principal. Saisis par les esprits des morts, les possédés jurent et réalisent une performance tout à fait remarquable.

pierre tombale dans un cimetière haïtien avec deux bouteilles de soda et des fleurs
Offrandes sur une pierre tombale pendant la Fèt Gede, Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Le spectacle de la procession attire une foule considérable, et les possédés se distinguent facilement grâce aux couleurs rituelles de Baron Samedi qu’ils portent (blanc, noir et violet). Certains se couvrent même entièrement de poudre blanche ou dessinent des scènes lugubres sur leur corps. D’autres choisissent de revêtir l’habit préféré de Baron Samedi, qui comprend un chapeau noir, un monocle et une canne. Ensemble, cela crée un véritable Carnaval des Morts qui a lieu chaque année dans les cimetières haïtiens.

vodouisant haïtien vêtus de blanc remplissant une bouteille transparente avec un liquide
Préparation pendant la Fèt Gede aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Ce Festival des Morts, qui comprend des rituels et des danses tout au long du mois de novembre, témoigne du lien intime qui existe entre le monde des vivants et le monde des morts dans la spiritualité vodou. Pour les pratiquants du vodou, la Fête Gédé est en réalité plus une célébration de la vie. Les esprits gede qui reviennent par l’intermédiaire de leurs hôtes lors de la possession peuvent attester de cette façon de penser. Ils sont animés par la joie et sont des esprits qui aiment rire, danser et s’amuser.

pratiquant du vodou haïtien dansant lors du rituel de Fête Gédé, avec une foule qui observe
Pratiquants du vodou pendant la Fête Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Toutes ces performances extravagantes ont un seul objectif : divertir. Le festival n’est pas un moment de larmes ou de regrets, mais plutôt un temps pour honorer la mémoire des défunts. Cela implique notamment de préparer le festival en nettoyant les cimetières et en rénovant les tombes.

Ceux qui ont navigué vers « le pays sans chapeau » — une expression haïtienne qui signifie « l’au-delà », car personne n’est enterré avec son chapeau — demeurent présents dans la vie quotidienne et sont néanmoins célébrés comme il se doit lors de ce festival qui leur est dédié. Dans la spiritualité vodou, ceux qui ont pris le large pour le monde des morts jouent un rôle important dans la vie de tous les jours. Les esprits de ceux qui ont disparu, portant le nom de Gede, sont respectés comme des gardiens, des conseillers ou des esprits vengeurs par ceux qui restent.

La Fête Gede en Haïti est quelque peu similaire au Jour des Morts tel qu’il est pratiqué dans d’autres régions du monde (par exemple, le Dia de los Muertos). La différence réside toutefois dans la place que les morts occupent dans la croyance vodou et dans le syncrétisme qui sous-tend les différentes croyances des Haïtiens.

cimetière haïtien avec sculpture et ciel bleu parsemé de nuages
Monument pour l’esprit Gede Brav, cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

En tant qu’héritage des traditions africaines ancestrales, le Vodou réserve une place importante à ceux qui ont quitté ce monde pour le suivant. Dans la procession des Gede, différentes personnes incarnent différentes divinités, notamment Baron Samedi, Baron Lacroix, Baron Criminel, Grann Brigitte et tous les autres esprits Gede. Bien plus que de simples gardiens de la mort et des cimetières, les Gede sont aussi des gardiens de la vie.

Ainsi, la célébration de la Fête Gédé n’est pas seulement une commémoration des morts, mais une célébration où les défunts peuvent participer par le biais de la possession sous la forme des esprits Gédé.

haïtiens rassemblés au cimetière pour le rituel vaudou de la Fête Gédé
Une prêtresse vaudou dirigeant une cérémonie pour l’esprit Brav Gédé, au cimetière des Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Au cimetière principal de Port-au-Prince, où se tient chaque année la plus grande itération de ce festival, les catholiques viennent prier pour les âmes de leurs défunts à la petite chapelle de Notre-Dame des Douleurs, les protestants se rassemblent sur les tombes de leurs proches disparus, et les pratiquants du vaudou viennent pour la plus grande célébration de la Fête Gédé dans tout Haïti.

pratiquants vaudous haïtiens allumant une bougie pendant la Fèt Gédé
Un rituel vaudou lors d’une cérémonie durant la Fèt Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Le festival se situe à la croisée des syncrétismes religieux en Haïti, avec des catholiques et des protestants rejoignant la procession vers les cimetières, chacun adorant à sa manière mais partageant tous les mêmes pensées pour les défunts, pensées teintées des croyances sur lesquelles reposent ces célébrations extraordinaires.

pratiquante vaudou haïtienne au cimetière portant une robe noire et violette
Une cérémonie vaudou pour l’esprit Brav Gede lors de la Fèt Gede, Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

Même si la Fête Gédé se déroule autour de la Toussaint et du Jour des Morts, c’est une célébration très différente de celles que l’on peut voir ailleurs. C’est un véritable moment de communion entre les morts et les vivants, ces derniers apportant du café, du maïs grillé, du manioc, du clairin (rhum) ou le plat préféré de l’être cher disparu.

homme haïtien tenant une partie de crâne humain pour la Fête gede
Fête Gédé aux Gonaïves
Photo: Jean Oscar Augustin

On pourrait même être tenté de dire que la Fête Gede est bien plus qu’un simple ensemble de pratiques fondées sur certaines croyances au sujet de la mort : elle constitue plutôt une véritable philosophie de la vie, une vie qui doit être vécue comme un carnaval. Si nous profitons de chaque instant, ce ne sont pas les Gede qui nous contrediront !


Rédigé par Costaguinov Baptiste.

Publié en octobre 2022.


Le Vodou haïtien dévoilé

prêtresse vodou agenouillée sur le sol, vêtue d'une robe ample et colorée
Prêtresse vodou Manbo Nini, Jacmel
Photo: Verdy Verna

Le Vodou haïtien dévoilé

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Le Vodou trouve son origine dans les royaumes africains du Fon et du Kongo, il y a environ 6 000 ans. Dans l’Haïti moderne, cette pratique spirituelle est une version créolisée qui intègre des divinités amérindiennes Taïnos et Arawaks, des influences catholiques médiévales, et même des rituels maçonniques !

De manière générale, le Vodou* est souvent associé au mal, au culte du diable et aux sacrifices violents d’animaux. Cependant, beaucoup de ses rituels (y compris ceux qui impliquent des sacrifices d’animaux vivants) ont pour but de restaurer la paix et l’équilibre — au sein des familles, des communautés, et entre le monde des humains et celui des lwa, les esprits.

Les chefs religieux du Vodou sont des figures respectées dans leurs communautés, offrant des conseils, réglant des conflits et prodiguant des soins médicaux sous forme de guérison par les plantes. Les prêtres — oungan — et les prêtresses — manbo — consacrent leur vie à aider les autres et à les accompagner dans leur service aux lwa. Les pratiquants du Vodou sont appelés vodouwizan, vodouisants (en français), ou en créole haïtien, sèvitè — « serviteurs des esprits ».

À mesure que les Haïtiens et la diaspora haïtienne au Canada, aux États-Unis et en France deviennent plus ouverts sur leur pratique du Vodou, la vérité sur cette tradition spirituelle énigmatique se dévoile lentement au monde. C’est l’histoire d’une tradition spirituelle conçue pour guérir et maintenir l’équilibre, mais qui a été prise dans un malentendu identitaire dont elle se remet encore aujourd’hui.

pratiquants de Vodou haïtien dans une grotte faiblement éclairée, entourés de bougies
Vodouwizans avec des bougies
Photo: Pierre Michel Jean

Culte du diable ou désinformation ?

Une exposition de 2011-2012 au Musée canadien des civilisations suggère que le Vodou a été la cible d’une campagne de désinformation culturelle. Entre 1915 et 1934, le Corps des Marines des États-Unis a occupé Haïti. Pendant cette période, Haïti a servi de toile de fond à des livres et films dépeignant le Vodou comme cruel, sinistre et sanglant. En retraçant les représentations médiatiques du Vodou haïtien au fil du temps, le musée a montré comment une propagande anti-Vodou a été délibérément diffusée pour discréditer les forces opposées à l’occupation. Des films comme White Zombie, sorti en 1932, présentaient les prêtres vodou et d’autres résistants à l’occupation étrangère comme des êtres sanguinaires, trompeurs et foncièrement maléfiques.

Testez vos connaissances sur le Vodou

Maintenant que nous avons rétabli les faits, il est temps de tester vos connaissances sur cette religion mystérieuse.

mur extérieur peint à la main d’un temple vodou
Péristyle Vodou
Photo: Emily Bauman / Amanacer

1. Vrai ou faux: il existe des branches distinctes du Vodou

Réponse: Vrai!

Les lwa du Vodou sont divisés en plusieurs branches ou « nations » : les plus importantes sont les branches Petwo et Rada.

Puisqu’il existe plus de deux branches de lwa, il est difficile de définir Petwo et Rada uniquement en opposition l’une à l’autre, mais elles présentent assurément des différences marquées.

Certains anthropologues ont décrit les Rada comme bienveillants et les Petwo comme malveillants, ou encore les Rada comme représentant des forces « internes », tandis que les Petwo incarneraient des forces « externes ».

Les lwa Rada, selon l’anthropologue Karen McCarthy Brown, sont généralement doux, bienveillants et principalement préoccupés par le bien-être de leurs adeptes. Les lwa Petwo, en revanche, sont impulsifs, voire explosifs — les rituels pour invoquer les lwa Petwo impliquent des tambours intenses, des coups de fouet, de l’essence et même de la poudre à canon enflammée. Certains anthropologues pensent que les lwa Petwo sont indigènes à Haïti, et non importés d’Afrique — ils seraient soit des créolisations des divinités autochtones Taíno ou Arawak, soit nés de la nécessité de survivre aux conditions difficiles et aux traumatismes qu’ont endurés les esclaves vodouwizan.

Cette dichotomie peut être illustrée par deux lwa rivales, Erzulie Freda et Erzulie Dantò. Deux aspects d’une même déité féminine, Erzulie Freda est une lwa Rada, tandis qu’Erzulie Dantò appartient aux lwa Petwo. Tout comme un diamant possède des centaines de facettes, un esprit vodou ou lwa a des côtés apparemment illimités. Les pratiquants comprennent que si un lwa entier — dans toute sa puissance — devait se manifester, cela serait écrasant. Ils choisissent donc d’invoquer une seule facette à la fois.

Erzulie Freda et Erzulie Dantò sont chacune une partie d’un tout, mais elles sont représentées dans le folklore haïtien traditionnel comme très différentes. Erzulie Freda est décrite comme une femme bourgeoise à la peau claire, vivant en ville, qui apprécie la richesse, le luxe et les plaisirs raffinés de la vie, tels que les parfums, les bijoux et les fleurs. Sa contrepartie, Dantò, est une farouche défenseuse des enfants, des femmes et des marginaux de la société. Elle est à la peau foncée et porte fièrement deux cicatrices distinctes sur son visage. Alors que Freda pourrait répondre à une crise en pleurant, Dantò, elle, réagit en s’enrageant.

Le vèvè, symbole vodou pour chaque version d’Erzulie, contient un cœur, mais chacun est distinct. Le cosmogramme d’Erzulie Dantò inclut une épée traversant un cœur, symbolisant son pouvoir d’exercer la vengeance, de protéger les enfants et d’incarner le côté passionné et ardent de l’amour au nom des lwa.

Assister à une cérémonie dédiée à Erzulie Freda ou à Erzulie Dantò est aussi différent que de participer à un rassemblement paisible de Quakers pour l’unité de la conscience collective, ou à une réunion de prière pentecôtiste invoquant l’Esprit Saint pour une guérison vigoureuse et passionnée.

homme allumant des bougies dans une pièce décorée de manière somptueuse avec des tons roses pour une cérémonie vaudou
Cérémonie pour Erzulie Freda
Photo: Pierre Michel Jean

2. Vrai ou faux : Le vaudou est entièrement de la sorcellerie sinistre et de la magie noire

Réponse: Faux!

Il existe deux satellites du vaudou que l’on pourrait qualifier de sociétés secrètes. Les pratiques sombres de ces sociétés secrètes ont été appelées à tort Voodoo par les responsables américains au début des années 1900, provoquant une confusion qui persiste encore aujourd’hui.

Ces deux sociétés secrètes sont Makaya et Bizango. On peut les considérer plus justement comme de la magie noire ou de la sorcellerie ; leurs pratiquants utilisent des malédictions et des incantations destinées à causer du tort. Contrairement au Vodou Petwo et Rada, dont les objectifs sont de soutenir et de guider la vie, Makaya et Bizango emploient des pratiques tournées contre la vie.

Comment ces sociétés secrètes sont-elles arrivées en Haïti ? On dit que Bizango a commencé comme un mélange de Bo, une pratique ouest-africaine, et de nécromancie européenne, apporté sur l’île d’Hispaniola par les colonisateurs. L’histoire raconte que les esclaves africains, amenés pour travailler dans les plantations de sucre, ont été témoins des rituels sombres de leurs maîtres sur les plantations. C’est à ce moment-là que les connaissances européennes auraient été acquises, puis combinées avec des rituels d’Afrique pour former une nouvelle pratique syncrétique.

Le Makaya, quant à lui, est considéré comme une fusion du métamorphisme amérindien et d’autres secrets rituels avec le Bo ouest-africain importé. Les habitants autochtones de l’île étaient réputés pour connaître l’art du métamorphisme et des poisons, avec des rituels et des pratiques destinés à nuire ou à protéger des individus et des communautés.

Le Makaya met davantage l’accent sur la transformation de la forme corporelle, et sa tradition inclut des récits de téléportation d’un côté de l’île à l’autre à travers des portails secrets révélés aux esclaves marrons par les Taïnos autochtones. Certains disent que c’est ainsi que les révolutionnaires ont pu voyager rapidement à travers l’île et tromper les armées coloniales.

Lorsque l’occupation militaire américaine a commencé en 1915, les cinéastes occidentaux ont exploité les rumeurs sur les pratiques les plus sombres du Bizango et du Makaya « vaudou » et, à travers ces caricatures, qu’elles soient délibérées ou non, ont vilipendé la tradition spirituelle du pays.

En réalité, les sorts d’amour, les malédictions et les rituels de vengeance sortent complètement du cadre du vaudou. Les malédictions, les sorts – et les zombies – sont en revanche la spécialité du Bo en Afrique de l’Ouest et du Bizango ou Makaya en Haïti. Dans la pratique du vaudou aux États-Unis, ils sont classés comme « hoodoo » et ne doivent pas être confondus avec le vaudou.

Alors, si ce n’est pas de la magie noire, qu’est-ce que le maji dans le vaudou ?

Lorsque la vie devient chaotique et échappe à notre contrôle, les occidentaux se tournent vers des psychologues, et les vodouwizan haïtiens se tournent vers les oungan et manbo. Partout sur Terre, pour les personnes de toutes croyances, races et classes, la vie peut soudainement être déséquilibrée par la maladie, l’échec professionnel, la perte financière, la crise familiale ou le conflit communautaire. En de tels moments, les vodouwizan demandent aux lwa d’intervenir et d’aider la personne en détresse. Cette intervention est appelée maji.

Les pratiquants de maji effectuent des traitements pour guérir ou protéger ceux qui les consultent. Dans une pièce dédiée appelée badji, le praticien utilise des rituels pour appeler un lwa dont l’intervention est la plus appropriée pour la situation donnée. Le lwa peut s’adresser au praticien, ou passer par le praticien, en possédant son corps pour enquêter sur la situation par lui-même. Le lwa décide de la marche à suivre pour rétablir l’équilibre et partage ces informations précieuses par l’intermédiaire de la manbo ou de l’oungan.

femme faisant une croix avec deux couteaux sur un chapeau en paille
Rituel en cours lors d’une cérémonie Vodou
Photo: Pierre Michel Jean

3. Vrai ou faux : les poupées vaudou existent vraiment

Réponse: Vrai ET Faux!

Pendant l’occupation américaine, des livres et des films destinés au grand public ont propagé de nombreuses fictions qui continuent de dégrader le Vodou en l’associant à la sorcellerie maléfique. L’une des fictions les plus persistantes est l’image de la poupée vaudou piquée avec des épingles pour causer des blessures ou de la souffrance à un ennemi.

Piquée avec des épingles et pleine de pouvoirs maléfiques, la poupée primitive en tissu est devenue l’image la plus souvent associée au Vodou dans l’imaginaire collectif mondial. Cela n’a toutefois rien à voir avec la véritable pratique spirituelle en Haïti.

En réalité, les poupées sont parfois utilisées dans la pratique du Vodou haïtien, mais pas pour jeter des sorts ! Placées près des tombes ou suspendues aux branches des arbres Kapok, ces poupées transmettent des messages envoyés par les vodouwizan aux morts ou aux ancêtres.

4. Vrai ou faux : les zombies existent réellement

Réponse: Vrai!

Oubliez ce que vous pensez savoir sur les zombies. Bien que les zombies haïtiens ne correspondent pas à la représentation typique des médias populaires, ils occupent une place très réelle dans les croyances culturelles du pays. Il y a tellement à explorer sur les faits et la fiction concernant les zombies que nous avons consacré un article séparé à ce sujet.

Apprenez tout sur les zombies haïtiens ici.

pratiquants du Vodou haïtien avec des foulards sur la tête lors d'une cérémonie
Femmes lors d’une cérémonie Vodou
Photo: Pierre Michel Jean

5. Vrai ou faux : le Vodou et le christianisme ont d’abord fusionné dans le Nouveau Monde.

Réponse: Faux!

Beaucoup des esclaves amenés en Hispaniola en provenance d’Afrique du Nord et du Centre entre le XVIe et le XVIIIe siècle pratiquaient la forme africaine du Vodou. Étant donné que le code des esclaves de la colonie obligeait tous les esclaves à se convertir au christianisme, les danses Vodou étaient strictement interdites, et les esclaves ne pouvaient pas pratiquer leur religion ouvertement. Ils se sont retrouvés à emprunter de nombreux éléments du catholicisme pour déguiser et ainsi maintenir leur pratique spirituelle.

Les lwa ont été associés aux visages des Saints correspondants. Par exemple, Saint Pierre détient les clés du royaume des cieux et correspond à Papa Legba, qui dans le Vodou est le gardien du monde spirituel. Ce processus, connu sous le nom de syncrétisme, explique pourquoi les visiteurs en Haïti peuvent voir des peintures à vendre d’une figure qui semble être Marie, mère de Jésus, avec la peau noire, sans savoir qu’ils regardent en réalité une représentation d’Erzulie Dantò.

Ce qui est encore moins connu, c’est que ce syncrétisme a commencé des centaines d’années avant que le premier esclave capturé ne soit vendu sur les côtes d’Haïti.

Bien avant que Christophe Colomb n’accoste sur l’île d’Hispaniola, des moines portugais visitèrent le royaume du Kongo, d’où provient une grande partie du Vodou haïtien. Ces premiers missionnaires chrétiens arrivèrent dans la capitale après un long voyage, se présentant devant le chef du Kongo et sa reine. Ils portaient les robes beiges simples du clergé jésuite médiéval.

Les prêtres apportèrent avec eux des croix dorées ornées et, avec la permission, s’installèrent comme le font les missionnaires. Ils commencèrent à apprendre la langue locale, communiquaient du mieux qu’ils pouvaient et partageaient des histoires sur la Sainte Trinité chrétienne, l’histoire de la résurrection de Jésus et l’œuvre du Saint-Esprit. Dans des lettres historiques écrites au roi et à la reine du Portugal, les missionnaires racontent comment la haute cour du Kongo fut fascinée par la religion jésuite et adopta certaines histoires dans leurs propres systèmes de croyances.

La croix et l’histoire de la mort et de la résurrection de Jésus ont été intégrées dans le système des esprits lwa Vodou traditionnels et du culte des ancêtres chez les Kongo, qui ont ensuite été amenés en Haïti par les esclaves africains du XVIe siècle. La croix chrétienne est devenue un symbole du carrefour, représentant des choix cruciaux et des étapes du chemin spirituel pour les adeptes du Vodou, tant dans ses expressions africaines qu’haïtiennes, jusqu’à aujourd’hui.

homme portant une croix décorée lors d'une cérémonie Vodou
Cérémonie Vodou
Photo: Pierre Michel Jean

6. Vrai ou faux : il est dangereux d’assister à une cérémonie Vodou parce que vous serez possédé

Réponse: Faux!

L’une des plus grandes peurs des non-initiés lorsqu’il s’agit de Vodou est d’être possédé par des esprits contre leur volonté. Bien que la possession se produise lors des cérémonies Vodou, il y a peu de risques qu’un spectateur soit spontanément « monté » par le lwa.

Pour un vodouwizan, être possédé revient à disparaître momentanément afin de devenir le véhicule physique pour un lwa. Les actions et les paroles du possédé sont considérées comme l’expression du loa, qui s’adresse aux autres, conseille ou console, encourage ou réprimande, punit ou guérit à travers le vodouwizan.

Pour les pratiquants du Vodou, il n’y a rien de étrange ou de spécial dans la possession. Cela peut se produire à tout moment et durer de quelques minutes à des heures, voire des jours.

Si cela semble effrayant, il est utile de se rappeler qu’une quantité immense de formation, d’initiation, sans parler des ressources financières et de la planification sacrée, est nécessaire pour organiser une cérémonie Vodou. Les gens cherchent des réponses à de vrais problèmes comme la ruine financière, les relations brisées et la discorde. Chaque cérémonie a un but ou une intention spécifique, et elle ne serait pas accomplie si le chwal possédé (ou « cheval ») n’était pas à la hauteur de la tâche de la participation complète requise pour son rôle.

Pour la même raison, il est extrêmement peu probable qu’un spectateur lors d’un danse Vodou (cérémonie) soit spontanément possédé. En fait, il est très rare qu’un non-initié soit invité à participer de manière importante à une cérémonie Vodou majeure.

Découvrez le Vodou lors de votre visite en Haïti

  • Rejoignez la fête lors de la Journée des Morts haïtienne
  • Obtenez des billets en première rangée pour le groupe de rock et de racines Vodou RAM
  • Visitez un musée dédié au Vodou
  • Émerveillez-vous devant l’art extraordinaire à la Galerie Monnin
  • Suivre le pèlerinage à Saut-d’Eau
  • Assister à une cérémonie vaudou

Lectures complémentaires

Pour une lecture accessible et éclairante sur le vaudou, consultez Nan Domi – An initiate’s journey into Haitian Vodou de la chanteuse de Boukman Eksperyans, Mimirose Beaubrun. Disponible en français et en anglais.

Pour en savoir plus sur les vèvè, ces cosmogrammes représentant les lwa, consultez les illustrations et explications fantastiques trouvées dans un livre trilingue de Milo Regaud, Ve-Ve Diagrammes Rituels du Voudou : Ritual Voodoo Diagrams : Blasones de los Vodu – édition trilingue. Texte en français, anglais et espagnol.

Mama Lola: A Vodou Priestess in Brooklyn de l’anthropologue Karen McCarthy Brown. Publié en 1991, ce livre est reconnu pour avoir fait des avancées significatives dans la déstigmatisation du vaudou haïtien.

Afro-Caribbean Religions : An Introduction to Their Historical, Cultural, and Sacred Traditions, par Nathaniel Samuel Murrell. Inclut 40 pages sur le vaudou haïtien.

*Un mot rapide sur les différentes orthographes du vaudou : certains chercheurs utilisent encore l’orthographe « voodoo » ; cependant, les initiés au vaudou haïtien et les universitaires qui soutiennent cette pratique préfèrent des orthographes alternatives telles que Vodou, Vodon, Vodun ou Vodu.


Rédigé par Emily Bauman.

Publié en juin 2021.


Comment assister à une cérémonie vaudou en Haïti

un groupe de personnes rassemblées autour d'une bougie et d'un cosmogramme dessiné au sol
Une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

Comment participer à une cérémonie vaudou en Haïti

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Il ne fait aucun doute que le vaudou est une tradition spirituelle puissante. La première république noire libre au monde a vu le jour, en partie grâce à l’esprit unificateur du vaudou. Le vaudou a servi de fil conducteur, unissant les leaders de la révolution haïtienne, malgré l’absence de langue commune, de liens tribaux ou de pays d’origine partagé. En l’espace de quelques années seulement, dans un exploit apparemment miraculeux et contre toute attente, une armée d’esclaves s’est libérée de ses chaînes, a renversé le gouvernement colonial français, vaincu la marine de Napoléon, aboli l’esclavage et fondé Haïti telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Aujourd’hui, peut-être pas en dépit, mais grâce à ces racines puissantes, le vaudou est sans doute la tradition spirituelle la plus calomniée, redoutée et mal comprise dans le monde occidental. Il est temps de rétablir la vérité. La meilleure façon de rendre hommage aux combattants de la liberté et de dissiper les mythes est peut-être d’assister à une cérémonie vaudou en Haïti et de voir par vous-même.

Voici comment faire.

un tambourineur à la chemise ouverte et à la poitrine en sueur
Un tambourineur lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Franck Fontain

Découvrez la danse vaudou

Les rassemblements sacrés vaudous peuvent porter de nombreux noms, souvent appelés cérémonie, rituel ou danse. En créole haïtien, les pratiquants du vaudou désignent souvent l’événement par le terme danse (dans). Dans ce guide, les termes danse et cérémonie seront utilisés de manière interchangeable.

Renseignez-vous à l’avance sur qui et quoi la danse sera dédiée

Il peut être utile de demander à qui la danse sera dédiée et dans quel but, le cas échéant. Par exemple, un lwa (esprit) spécifique est-il invoqué ? Si la cérémonie se déroule au début du mois de novembre, elle sera probablement organisée en l’honneur des lwa Gede et du Jour des Morts. Rappelez-vous que les divinités Petwo sont la contrepartie fougueuse et offensive des divinités Rada, plus douces et protectrices. Cette distinction peut vous aider à anticiper le ton du rituel.

Si c’est votre première fois à une cérémonie vaudou, il est recommandé d’assister à une danse Rada, notamment parce que vous aurez moins de chances d’y voir un sacrifice animal. Par exemple, vous pourriez participer à une danse printanière organisée pour accueillir une saison de récoltes abondantes, de chance et de bonne santé. Vous pourriez commencer par une danse Rada dédiée à Erzulie Freda, la déesse de l’amour et de la sensualité, ou à La Sirène, la déesse sirène de la chance, de la fertilité et de l’abondance matérielle.

Les rites, les dévotions et le style général des cérémonies varient considérablement selon la région d’Haïti où vous assistez à la danse. Par exemple, Papa Legba et les esprits jumeaux appelés Marassa sont honorés à travers des rites spécifiques incluant certains rituels, danses, rythmes de tambour, offrandes, prières et cosmogrammes tracés au sol. Cependant, les interprétations d’une danse pour Legba ou Marassa à Cap-Haïtien seront différentes de celles organisées à Jacmel. Cela s’applique à tous les rites et rituels dans les divers temples vaudous à travers Haïti.

Découvrez-en plus sur les différents dieux et déesses du vaudou ici !

une femme haïtienne âgée vêtue d'une robe rouge ornée de paillettes bleues
Une femme lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

Préparez-vous à y passer un bon moment

Une danse vaudou peut durer très longtemps. À Jacmel, par exemple, les tambourineurs, alimentés par le rhum, qui lancent une cérémonie au crépuscule, peuvent encore être en train de jouer à l’aube — bien que leurs mains soient gonflées et meurtries. Comme pour toute danse dans une ville étrangère, apportez beaucoup d’eau et ne vous attendez pas à une heure précise pour la fin. Si vous souhaitez partir au milieu de la danse, prévoyez une stratégie de sortie : venez avec quelqu’un de confiance qui sera flexible pour partir quand vous serez prêt, adressez vos respects à l’hôte qui vous a invité si possible, puis partez simplement quand vous le souhaitez.

extérieur d’un temple vaudou avec un mur peint à la main représentant des esprits
Péristyle vaudou dans l’Artibonite
Photo: Emily Bauman / Amanacer

À quoi ressemble un temple vaudou

Les danses vaudou ont lieu dans un péristyle : un temple, généralement de forme ronde, toujours doté d’un poteau central appelé poto mitan, représentant le nombril de l’univers. En Haïti, de nombreux temples vaudous sont à la fois intérieurs et extérieurs, tandis que d’autres sont entièrement fermés ou complètement ouverts au ciel. Certains rituels sacrés se déroulent près de cascades, comme celle de Sodo, ou à proximité d’un arbre sacré mapou. Cependant, pour les besoins de ce guide, nous supposerons que vous assisterez à une cérémonie dans un péristyle.

Au centre de l’espace cérémoniel, vous verrez un autel. Les bouteilles représentent des cadeaux et des offrandes. Les machettes symbolisent l’honneur et le respect envers les entités du monde des esprits.

Laissez vos bagages culturels à la porte

Sur l’autel, vous pourriez également voir des crânes et d’autres restes humains. Alors que le monde occidental associe les os à la mort, à la nécromancie et à une imagerie kitsch d’Halloween, il est important de comprendre que, dans le vaudou, les crânes ont une signification presque opposée. Essayez de voir dans le crâne la présence réconfortante d’un ancêtre ou l’équilibre entre la vie et la mort.

Tandis que les cultures occidentales tendent à éviter la mort et à la reléguer hors du foyer familial, garder les défunts proches est une pratique essentielle dans des cultures allant de la Roumanie à l’Indonésie en passant par Haïti. Dans le vaudou, la mort n’est pas dissimulée au quotidien, mais plutôt intégrée dans les cérémonies comme un moyen d’apprécier et de célébrer pleinement la vie.

Les ancêtres et les membres de la famille décédés peuvent être invités à se joindre à la danse. Ceux qui sont partis reviennent parmi la communauté pour offrir des conseils et participer aux rituels. Plutôt que de voir cela comme une hantise, envisagez-le comme une magnifique réunion de famille.

Lorsque vous assistez à une cérémonie vaudou, il est judicieux d’aborder l’expérience avec un esprit vierge, détendu et ouvert, prêt à apprendre. Laissez vos bagages culturels à la porte et profitez pleinement de cette expérience totalement nouvelle !

un groupe de pratiquants vaudou vêtus de blanc
Danse lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Franck Fontain

Portez une tenue élégante, mais évitez le blanc !

Ce que vous portez est important ! Une tenue de style business casual est appropriée. Évitez les T-shirts voyants ou les vêtements abîmés ou usés. Les hommes peuvent opter pour un jean et une chemise à manches courtes, et les femmes pour un jean et un chemisier. L’objectif est de choisir une tenue élégante mais respectueuse, sans bijoux extravagants. Les danses en milieu rural seront généralement plus décontractées.

La couleur est un élément clé à prendre en compte. La pureté du blanc revêt une grande importance lors des danses et est réservée aux pratiquants vaudous, il est donc préférable d’éviter de porter du blanc à tout rituel vaudou. Les motifs et les couleurs sont acceptables, mais attention aux foulards colorés ! Continuez à lire pour découvrir pourquoi.

Il est utile de se rappeler qu’Haïti peut être remarquablement chaud à presque toutes les périodes de l’année, et parfois même la nuit. Le lin et le coton seront vos meilleurs alliés, que vous prévoyiez d’assister à une cérémonie en ville ou en milieu rural.

Apportez une offrande

Bien qu’une danse vaudou ne soit pas un dîner mondain, il est approprié d’apporter une offrande d’alcool. Le vin ne sera pas le choix préféré de l’hôte dans ce cas. Demandez si vous pouvez offrir un litre ou un demi-gallon de rhum non raffiné, appelé kleren. Vous pouvez l’acheter localement et à bas prix presque partout en Haïti, mais le geste est important et sera apprécié, en particulier dans les milieux ruraux. Le kleren est le carburant de nombreuses danses vaudou, offert tant aux esprits qu’aux sèvitè (serviteurs des esprits). Les tambourineurs, qui jouent souvent toute la nuit jusqu’à l’aube, seront particulièrement reconnaissants.

un prêtre vaudou et un praticien effectuant une danse
Un ougan lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

Le début de la danse

Une série de prières, parfois d’origine catholique romaine, marque le début de la cérémonie. Les esprits vaudous qui servent de gardiens sont salués avec les honneurs, offrandes et invocations appropriés. Lorsqu’il s’agit d’invoquer les fougueux lwa Petwo, les voudiwizans peuvent utiliser des coups de fouet, des sifflets, de l’essence, et même de la poudre à canon enflammée pour attirer leur attention.

Qui dirige la danse ?

Vous pourrez identifier les initiés vaudou (les hommes et les femmes qui orchestreront la cérémonie) par leurs vêtements cérémoniels entièrement blancs. La plupart des initiés portent des jupes haïtiennes traditionnelles blanches, des chemises blanches amidonnées et un mouchoir blanc sur la tête. Certains peuvent porter des foulards colorés en satin. La couleur du foulard est associée au lwa servi ce jour-là, mais elle indique également le rang dans la hiérarchie du temple.

Mambo ou manbo est le terme désignant une prêtresse vaudou. Ougan est le terme pour un prêtre vaudou masculin. Les mambo et ougan sont des figures d’une grande autorité et respect au sein de la communauté, responsables d’intervenir dans une large gamme de difficultés sociales, allant de la maladie aux conflits familiaux, aux problèmes financiers, ou même simplement une série de malchances. En tant qu’intermédiaires entre les lwa et les humains, ils agissent comme des serviteurs qui restaurent la santé, l’harmonie et l’équilibre.

On croit que les tambours créent un passage vers le monde des esprits. C’est une invitation rythmique pour les lwa à assister à la danse qui est tenue en leur honneur. Un peu comme une station de radio, lorsque les tambourineurs s’accordent sur la fréquence FM spécifique du lwa, ce dernier commence à diffuser sur cette fréquence. Chaque lwa possède son propre rythme de tambour et des danses associées, et il peut aussi y avoir des variations entre les traditions : un rythme de tambour d’origine Dahoméenne est différent d’un rythme d’origine Congo. Les initiés peuvent passer toute une vie à perfectionner leur répertoire.

un cosmogramme tracé au sol avec une main tenant une bougie
Un vèvè tracé au sol d’un hounfour
Photo : Pierre Michel Jean

Les vèvè cosmogrammes

Vers le début de la danse, les pratiquants vaudou initiés traceront un cosmogramme vèvè sur le sol avec de la poudre blanche. Cela demande une grande maîtrise, précision et entraînement. Ces vèvè symétriques sont anciens et uniques à chaque lwa.

Une fois tracé avec une parfaite symétrie sur le sol du temple, un élément essentiel est en place permettant au lwa de descendre. Tout comme les rythmes de tambour uniques, les cosmogrammes uniques sont des signes d’appel, attirant un lwa particulier. En plus du vèvè tracé avec précision sur le sol, un drapeau orné de paillettes représentant le cosmogramme est suspendu dans un endroit d’honneur pour que tout le monde puisse le voir.

Découvrez l’art complexe des symboles vaudous avec notre guide visuel des vèvè du vaudou haïtien.

Les transes de possession

Si la danse est un succès, attendez-vous à voir une transe de possession. En créole, la personne possédée est appelée le chwal (cheval), qui sera « monté » par le lwa. Voici comment identifier un chwal:

Vous pourrez voir des personnes avec les pupilles dilatées, des comportements spasmodiques, apparemment hors de contrôle de leur corps, accomplissant l’impossible, comme marcher sur des charbons ardents. Il n’y a pas lieu de s’alarmer lorsque des individus se donnent entièrement à un lwa pour être dirigés de cette manière. Cela signifie que la cérémonie est un succès et représente l’accomplissement de rites et de pratiques complexes qui ont survécu à des centaines d’années de répression.

La transe est une opportunité pour l’esprit d’accomplir des guérisons à travers le chwal possédé. Des bénédictions peuvent avoir lieu, et c’est également l’occasion pour le lwa de réprimander ceux de la communauté qui ont besoin de se ressaisir et de changer leur comportement.

La transe de possession peut durer seulement quelques minutes ou plusieurs heures. Le chwal qui a donné son corps en service au lwa se réveillera probablement épuisé, sans se souvenir de ce qui s’est passé.

des personnes vêtues de blanc dansant et frappant des tambours lors d'un rituel vaudou
Tambours et danse lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

Si vous avez peur du diable ou de la possession…

Mettez de côté les images issues de films d’horreur comme L’Exorciste ou les associations de possession avec des démons. Rappelez-vous plutôt que les personnes entrent volontairement dans la transe de possession. Peu importe ce qui se passe, souvenez-vous que le vaudou est pratiqué pour restaurer l’ordre, l’équilibre, la santé et l’harmonie dans la vie de ses pratiquants.

De nombreux non-pratiquants, tant en Haïti qu’à l’étranger, ont été amenés à associer le vaudou haïtien au mal, à la possession démoniaque et même au satanisme. Cela est assez ridicule et diffamatoire, car il n’existe même pas de figure de Satan dans le panthéon vaudou des esprits qui pourrait être adorée.

Les pratiquants du vaudou croient en un dieu suprême nommé Bondye ou Gran Met, qui est tout-puissant mais demeure distant. Il n’y a pas de contrepartie maléfique à Bondye, et comme le concept de « source » ou de « divinité », il n’est pas directement impliqué dans les affaires humaines. La multitude de lwa – esprits des ancêtres – servent d’intermédiaires, bien plus comparables aux saints de l’Église catholique qu’aux démons.

Vous avez toujours peur de vous faire posséder spontanément ? Lisez notre article Le Vodou haïtien dévoilé pour comprendre pourquoi cela ne se produira pas.

Le sacrifice d’animaux

Pour demander de la chance, les serviteurs des esprits peuvent faire un sacrifice sanglant. Des animaux tels que des coqs, des poules, des colombes, des cochons et des chèvres peuvent être abattus pendant la cérémonie. L’offrande peut être plus ou moins sanglante selon qu’il s’agit d’une offrande pour un esprit Petwo bosu (buffle) fougueux, par exemple, ou d’une cérémonie en l’honneur des doux jumeaux Marassa du rite Rada.

Pour les voyageurs occidentaux qui ont grandi en étant conscients des campagnes de PETA et du travail des activistes pour les droits des animaux, il peut être difficile d’imaginer que des rituels anciens vieux de 5 000 ans soient pratiqués en grande partie sans changement aujourd’hui. Si vous êtes préoccupé par votre réaction face à cette pratique ancienne, demandez des détails à l’avance afin de pouvoir décider si vous souhaitez y assister ou non.

des femmes haïtiennes âgées vêtues de rose avec une chaise sur la tête
Des femmes lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

Faites vos recherches

Le Musée National d’Haïti à Port-au-Prince est un excellent endroit pour voir certains des tambours vaudous les plus anciens et historiques – certains datant des années 1500 ! Le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), situé sur le Boulevard des Champs de Mars, présente une collection mettant en valeur les héros de la révolution de l’indépendance, ainsi que les outils qu’ils ont utilisés pour fonder la culture haïtienne moderne.

Juste au coin de la rue du Musée National se trouve le Bureau d’Ethnologie, un musée entièrement dédié au vaudou haïtien ! Si possible, visitez au moins l’un de ces musées avant de vivre votre expérience de cérémonie vaudou.

LGBTQ+ et Espaces Sûrs

Le travestissement, les identités trans et toutes les expressions de genre sont les bienvenues dans les communautés vaudou. Les relations et comportements homosexuels sont souvent acceptés sans question. Personne ne s’étonne – dans cet espace, du moins, ces identités minoritaires sont respectées en tant que serviteurs de la déesse de l’amour, Erzulie. Attendez-vous à ce que la danse soit un espace sûr. Vous pourriez voir des hommes en robes de femmes et bien d’autres choses encore.

pratiquants vaudous haïtiens lors d'une cérémonie
Un rituel Chire Aiyzan réalisé lors d’une cérémonie vaudou
Photo: Pierre Michel Jean

100 % Vaudou

La vérité est que même certains Haïtiens qui suivent les traditions protestantes ou catholiques et assistent à la messe le dimanche peuvent chercher des conseils auprès d’un mambo ou d’un ougan au cours de la semaine. En fait, un autocollant populaire à Port-au-Prince porte la phrase suivante : « Haïti, 80% protestant, 100% vaudouisant. » Pour les étrangers, cette pratique largement acceptée peut être difficile à comprendre. Pourtant, lorsqu’un membre de la famille tombe malade ou que les situations de vie deviennent critiques, cette flexibilité religieuse est courante. Elle fait partie du syncrétisme complexe de la culture haïtienne, où les choses sont multicouches et bien plus riches en significations qu’elles n’en ont l’air en surface. Certains pourraient même aller jusqu’à affirmer qu’on ne peut véritablement comprendre la culture haïtienne tant qu’on n’a pas pris part à une cérémonie vaudou.

À la fin de la journée, peu importe votre race, religion, orientation sexuelle ou pays d’origine, vous serez accueilli avec grâce et chaleur lors d’une cérémonie vaudou. Chacun est respecté, et la protection, la chance et les vœux de bonne santé sont offerts à tous ceux qui y assistent.

Qu’en dites-vous ? Peut-être qu’il est temps de danser…


Écrit par Emily Bauman.

Publié en janvier 2021.